LE MONASTÈRE INTÉRIEUR.

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Sous le regard des trois Blancheurs, suivre Jésus et Marie fut-ce au milieu des pires tempêtes, mais dans la paix, la joie et l'amour.
 
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 Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More

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ami de la Miséricorde
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MessageSujet: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Sam 27 Mai - 9:35

Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More

Introduction


VINCENT : Voilà donc où nous en sommes, mon cher oncle ! Ceux qui, dans ce pays, viennent rendre visite à leurs amis malades et malheureux, viennent y chercher, comme je le fais moi-même en ce moment près de vous, le réconfort et la consolation. Les prêtres et les moines parlent aux malades de la mort, mais nous qui sommes dans le monde, avons toujours tâché, ici, en Hongrie (1), de leur rendre courage et espoir en la vie.
Mais maintenant, mon cher oncle, le monde est devenu si mauvais et de si grands périls sont suspendus au-dessus de nos têtes que notre plus grand réconfort est de penser que la mort approche. Et nous qui sommes vraisemblablement destinés à vivre un certain temps dans cette misère, avons besoin que quelqu'un comme vous, mon cher oncle, nous puisse donner quelques bons conseils contre l'affliction, car vous avez vécu longtemps et vertueusement et êtes si versé dans la loi de Dieu que bien peu de gens le sont plus que vous en ce pays. Vous avez une longue expérience de ce que nous redoutons maintenant, car vous avez été emmené en captivité par deux fois et maintenant vous êtes sur le point de nous quitter.
Cela peut être pour vous un grand soulagement, mon cher oncle, puisque vous allez à Dieu. Mais, nous, vous nous laisserez ici comme des orphelins. Vous nous avez toujours soutenus en nous aidant, en nous encourageant, en nous conseillant, non comme l'eût fait un oncle ou quelque parent éloigné, mais comme un véritable père.
 
ANTOINE : Mon cher et bon neveu, je ne nierai pas que non seulement ici en Hongrie, mais un peu partout dans la chrétienté, on ait pris l'habitude de réconforter les malades d'une manière aussi peu chrétienne. On leur fait plus de mal que de bien en réveillant en eux le désir de vivre, au lieu de les laisser méditer sur la mort, le jugement, le paradis et l'enfer et sur toutes ces pensées qui devraient obséder un homme non seulement quand il est malade, mais même quand il est en parfaite santé. Cette manière d'agir me paraît absurde quand on en use pour réconforter un homme de mon âge, car s'il est vrai qu'un jeune homme puisse mourir prochainement, il est évident aussi que, de toute façon, un vieillard n'en a plus pour longtemps à vivre. Pourtant (comme le dit Cicéron), il n'est personne d'assez vieux pour n'espérer vivre une année encore et se réjouir en caressant cette folle pensée. Aussi les prétendus réconforts des amis, au lieu de réconforter celui qui doit mourir, feront s'évaporer complètement cette douce rosée de la grâce de Dieu qui nous amène à souhaiter le départ pour l'autre monde, où l'on se trouve en sa présence.

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 28 Mai - 0:27

Introduction
 
ANTOINE : (...) Ores, n'ayez un tel chagrin de mon départ. Vous avez la bonté de reconnaître que vous avez trouvé auprès de moi aide et réconfort ; Dieu veuille que j’aie fait pour vous et pour les autres la moitié de ce que j'aurais dû ! Mais quand Dieu m'emmènera, ne pensez pas que vous avez perdu tout soutien. Me considérer comme votre meilleur appui ce serait comme si, ayant à portée de main un solide bâton, vous vous appuyiez sur un frêle roseau. Car votre soutien, c'est Dieu et non pas moi. Lui, ne vous abandonnera jamais car il a promis aux disciples de ne jamais abandonner Ses serviteurs comme de pauvres orphelins (Jn., 14, 18). Et, comme il le leur avait promis, il leur envoya l'Esprit-Saint (Act., 2, 1-5), et il leur assura qu'il serait lui-même avec eux jusqu'à la fin du monde (Mt., 28, 20). Voyons, comment pouvez-vous vous prétendre triste et abandonné, vous qui faites partie de son troupeau, quand le Christ, son Esprit-Saint, et avec eux le Père ne vous quittent ni de la longueur d'un pas ni de la durée d'une minute, si vous avez confiance en eux ? 

VINCENT : Ô, mon cher oncle, ces paroles mêmes, par lesquelles vous me prouvez que, grâce à la présence divine, nous ne serons pas abandonnés me font voir et comprendre à quel point nous ressentirons votre absence ! Car, même si je dois reconnaître que vous avez raison, je dois aussi vous avouer que si je n'avais entendu ces paroles de votre bouche, elles ne me seraient jamais venues à l'esprit. De plus, nos malheurs vont devenir plus nombreux et plus graves et ce n'est pas d'un ou deux mais de beaucoup de bons entretiens que nous aurons besoin pour nous affermir et consolider notre cœur contre les assauts de cette mer déchaînée. 

ANTOINE : Cher neveu, ayez confiance en Dieu, il vous procurera des conseillers chaque fois que vous en aurez besoin, ou alors il vous parlera lui-même, de l'intérieur de votre âme. 

VINCENT : Vous avez raison, mon cher oncle. Toutefois, si nous ne cherchons pas les enseignements qui nous viennent du dehors, si nous voulons être instruits par Dieu seul et de l'intérieur, alors nous tentons Dieu et nous lui déplaisons. Quand vous aurez disparu, personne vraisemblablement ne pourra vous remplacer auprès de nous. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 28 Mai - 23:25

Introduction

VINCENT : (...) Aussi me semble-t-il que Dieu m'ordonne de vous demander, mon cher oncle, de me donner dès maintenant tous les conseils et toutes les pensées réconfortantes dont nous aurons besoin, les miens et moi-même, pour lutter contre les assauts du désespoir dont nous souffrons déjà et souffrirons davantage encore avec la peur du Turc (2). Ainsi pourrai-je, me souvenant de vos bonnes paroles, diriger convenablement notre barque et nous garder d'un naufrage spirituel.

Vous n'ignorez pas, mon cher oncle, quels malheurs déjà se sont abattus sur nous, malheurs qui ont plongé quelques-uns d'entre nous dans de tels abîmes de tristesse que je ne puis trouver les mots qui les réconforteraient. Et maintenant, depuis que ces nouvelles récentes nous sont parvenues, et que nous savons notre pays menacé par les Turcs, nous ne pouvons plus penser qu'aux dangers qui nous attendent. Nous sommes obsédés par des images terribles : la grande puissance de nos ennemis, leur profonde malice, leur haine, leur cruauté sans égale, les vols, les incendies, les ravages que sème leur armée partout où elle passe : ils tuent, ils emmènent les gens loin de chez eux, séparent les couples et les familles, envoient les uns en esclavage, jettent les autres en prison, en conservent aussi pour les faire méchamment figurer dans quelque triomphe et les faire ensuite égorger en la présence du Grand Turc.

 Ceux qui auront été épargnés perdront tous leurs biens ou seront perdus eux-mêmes à moins qu'ils ne renient le Christ, notre Sauveur, pour passer à la fausse religion de Mahomet. Pourtant, et ceci est le plus affreux, nombreux sont ceux qui, vivant parmi nous, s'apprêtent déjà à se soumettre à l'adversaire, ou lui sont déjà alliés. Cela épargnera peut-être à notre région l'invasion turque, mais ceux qui s'inclineront devant leur loi ne laisseront rien à leurs voisins ; ils se feront donner nos biens et nos corps, à moins que nous n'agissions comme eux et ne reniions également notre Sauveur. Nul Turc, en effet, n'est aussi cruel envers un chrétien, que ne l'est un chrétien qui a renié sa foi. C'est pourquoi, si nous persévérons dans la foi, nous courrons le danger d'être traités plus sauvagement encore et de mourir d'une mort plus cruelle que si nous avions été emmenés en Turquie. Toutes ces menaces pèsent d'autant plus sur nos cœurs que nous ignorons laquelle se réalisera pour nous et que beaucoup d'entre nous souhaitent dès maintenant que les montagnes les engloutissent, que la terre se fende et les accueille en son sein.

Mon cher oncle, pendant que Dieu vous laisse encore à nous, donnez-nous de bons conseils, que je mettrai par écrit et conserverai afin qu'ils nous aident à supporter les terribles frayeurs qui, comme vous le savez, ont déjà accablé notre maison et continuent à la menacer. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 30 Mai - 1:48

Introduction

ANTOINE : Qu'il m'est dur de vous entendre ! Voici que nous redoutons une chose que nous ne concevions même pas il y a quelques années et je pense que d'autres, qui se croient à l'abri, protégés par la longue distance qui les sépare des Turcs, trembleront eux-mêmes avant longtemps.

La Grèce n'avait nulle crainte des Turcs quand je suis né ; peu de temps après, elle était envahie. Le Sultan de Syrie se croyait au moins l'égal du Grand Turc, mais longtemps avant votre naissance son empire subissait le même sort. Ensuite, les Turcs s'emparèrent de Belgrade, bastion de notre royaume, et maintenant ils sont deux à lutter pour savoir qui nous aura ; fasse le ciel qu'un troisième larron n'emporte pas le morceau ! Et que dire de la noble et puissante cité de Rhodes, dont la conquête parut être une victoire sur toute la Chrétienté, puisque la Chrétienté fut incapable de la défendre ? Pourtant, si tous les princes chrétiens s'étaient unis à temps pour le combattre partout où c'était nécessaire, le Turc n'aurait pas fait toutes ces conquêtes. Mais à cause des dissensions survenues entre nous et aussi parce que chacun se soucie fort peu des malheurs des autres et les laisse se débrouiller comme ils peuvent, le Turc s'est considérablement agrandi en quelques années et la Chrétienté s'est vue cruellement affaiblie. Tout cela est dû à notre mauvaiseté, qui déplaît si fort à Dieu. 

Vous attendez de moi beaucoup de réconfort, pour vous en souvenir et pour vous soutenir, vous et les vôtres, contre vos terreurs nombreuses et variées. Sachez que moi-même j'ai éprouvé avant vous le besoin de paroles réconfortantes. Un peu avant votre venue, je réfléchissais à l'invasion des Turcs et de là ma pensée se tourna vers mon propre départ pour l'autre monde. Certes, je mets en Dieu toute ma confiance et j'ai l'espoir d'être sauvé par sa grâce ; pourtant, personne ici-bas ne peut être sûr d'être libéré de toute crainte. Alors, je me mis à réfléchir aux tourments de l'enfer et ensuite ma pensée revint aux Turcs. D'abord, la terreur qu'ils m'inspirent me parut peu de chose comparée à l'espérance du bonheur céleste. Puis, je la comparai à l'épouvante que je ressens quand je pense à l'enfer et au feu éternel, et il me sembla que si les Turcs avec toute leur armée, toutes leurs trompettes et leurs tambours devaient entrer dans ma chambre et m'assassiner dans mon lit, ils ne parviendraient pas à m'effrayer. Et pourtant, quand vous m'avez décrit les malheurs qui obscurcissent notre horizon alors que nous en avons déjà tant subi, c'était comme si je les voyais devant moi et j'en ai été consterné. Voilà pourquoi je vous approuve de désirer faire provision de réconfort pour vous en servir comme d'un antidote contre le désespoir. Et je serai heureux si ma pauvre mémoire peut maintenant se rappeler certaines choses que j'ai lues ou entendues, ou auxquelles j'ai déjà réfléchi et qui pourraient nous être utiles à cette fin. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 31 Mai - 1:11



LE RÉCONFORT QUE NOUS APPORTENT LES PHILOSOPHES PAÏENS NE PEUT NOUS SUFFIRE


Mon cher neveu, comprenez bien ceci : les sages, les moralistes, les philosophes du monde entier ont depuis longtemps étudié ce problème. Ils ont encouragé les hommes à n'accorder que peu d'importance à ces bienfaits dont l'apparition ou la disparition sont la cause de nos tourments, tels par exemple : la fortune, les bonnes grâces, les amis, la bonne réputation, les honneurs, etc... ou encore : la force, l'agilité, la gaieté, la santé. Toutes ces choses, quand elles nous arrivent, sont source de richesse et quand elles nous sont enlevées par hasard, par force, ou encore par la peur de les perdre, elles nous plongent dans le malheur et dans l'affliction. Car l'affliction ne paraît être autre chose qu'une espèce de chagrin, une douleur du corps, ou un accablement de l'esprit. Persuader au corps qu'il ne sent rien alors qu'il souffre, tous les arguments du monde n'y parviendraient pas. Mais persuader à l'esprit qu'il ne doit pas être atteint par les souffrances du corps, ni même par celles de l'âme, c'est à cela que les philosophes ont travaillé. Et là, ils ont trouvé des pensées très belles et très fortes pour soutenir les hommes contre le désespoir, les poussant à mépriser complètement la perte des biens de ce monde, la maladie, la douleur physique, une mort pénible. 

Pourtant, bien que j'aie lu beaucoup de ces philosophes, je n'ai jamais trouvé que les raisons qu'ils nous donnaient fussent de nature à nous procurer un soutien suffisant. Car ils ne sont jamais assez profonds pour atteindre le niveau du suprême réconfort, en dehors duquel rien n'existe. C'est en Dieu qu'il faut chercher le soutien. C'est en supportant patiemment leurs souffrances que les hommes obtiendront sa faveur et recevront de sa main leur récompense au ciel. Par méconnaissance de ces fins dernières, ils ont fatalement laissé de côté les moyens d'obtenir ce suprême réconfort de la grâce divine, qui nous fait avancer et progresser vers le ciel. C'est pourquoi, je le répète, le secours apporté par les philosophes est loin d'être efficace. 

Pourtant, si ces remèdes sont très insuffisants pour guérir nos maux, il y en a parmi eux qui ne sont point méprisables. Ils peuvent prendre place dans notre pharmacopée ; toutefois ils ne doivent pas être administrés par des humains mais seulement par le grand Guérisseur, qui est Dieu. C'est lui qui corrigera ce qu'il peut y avoir d'erroné dans l'ordonnance. Autrement, nous tomberions dans l'erreur de ces apothicaires peu scrupuleux qui, par esprit de lucre ou par sotte vanité, administrent à leur clientèle des médicaments de leur invention, et tuent bon nombre de malades assez simples pour mettre leur vie entre les mains de ces gens ignares. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 31 Mai - 23:55



LE RÉCONFORT QUE NOUS APPORTENT LES PHILOSOPHES PAÏENS NE PEUT NOUS SUFFIRE


(...) Nous n'allons donc ni entièrement accepter ni complètement rejeter les raisons des philosophes, mais, tout en nous efforçant de les employer judicieusement, nous irons chercher les remèdes les plus efficaces contre ces maux de l'affliction et du désespoir auprès du Médecin par excellence, sans qui nous ne serions jamais prémunis contre cette mortelle maladie qu'est la damnation. L'Esprit de Dieu nous parle et nous prie de lui confier notre santé, et il nous dit : « Honore le médecin, car le Très-Haut l'a créé pour ton bien. » C'est pourquoi nous devons prier ce grand Médecin, Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont la sainte incarnation fut voulue par Dieu pour nous guérir de nos blessures mortelles et qui nous a sauvés en nous donnant son Sang et son Corps bénis. Prions-le aussi pour que, comme il a guéri notre maladie mortelle par son incomparable médecine, ainsi il lui plaise de mettre en nos esprits les remèdes qui nous fortifieront contre le désespoir, afin que notre ennemi le démon ne puisse, en nous incitant au murmure, à l'impatience, à la haine, changer la brève maladie de l'humaine souffrance en une affection sans remède, en la seule vraie mort, qui est la damnation éternelle.

II 

LA FOI DOIT ÊTRE LA BASE DE TOUT RÉCONFORT


Puisque tout véritable réconfort doit venir de Dieu, nous devons supposer chez celui que nous venons réconforter une base sur laquelle nous appuyer. Cette base c'est la foi. Sans la foi, inutile d'espérer apporter quelque réconfort spirituel. Ce serait aussi vain que d'essayer de raisonner un dément. Quel soutien la Sainte Écriture pourrait-elle procurer à quelqu'un qui ne croirait pas qu'elle est la parole de Dieu et que sa parole est vraie ? On doit y trouver bien peu de profit si l'on ne croit pas que c'est la parole de Dieu ou, si admettant même qu'elle l'est, on croit qu'elle peut contenir des erreurs ! Suivant que la foi est plus ou moins forte, les paroles de réconfort de la Sainte Écriture feront plus ou moins de bien.

Cette vertu qu'est la foi, aucun homme ne peut l'acquérir par lui-même, ni non plus la donner à un autre. Des hommes peuvent être ministres de Dieu, ils peuvent de leur propre volonté obéir librement à l'inspiration qui leur vient de Dieu et n'être que de faibles ouvriers du Seigneur tout-puissant. La foi est un don gratuit de Dieu. Et, comme le dit saint Jacques : « Tout bien, toute perfection nous vient d'en haut, du Père des lumières ». (Jc., 1-17). (...) 

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 2 Juin - 0:30

II. LA FOI DOIT ÊTRE LA BASE DE TOUT RÉCONFORT

(...) C'est pourquoi nous qui, à beaucoup de signes, sentons que notre foi est faible, prions-le qu'il lui plaise de la fortifier. Et disons d'abord avec Lui dans l'Évangile : « Je crois, mais viens au secours de mon incrédulité ! » (Mc., 9, 24). Prions avec les apôtres : « Seigneur, augmente notre foi » (Lc., 17, 5). Et enfin, méditons les paroles du Christ et disons-nous que : Si nous ne permettions pas à notre foi de tiédir et même de refroidir, de perdre sa force en éparpillant nos pensées sur des futilités, nous cesserions d'accorder de l'importance aux choses de ce monde et nous ramasserions notre foi dans un petit coin de notre âme. Nous la sèmerions alors comme la graine de sénevé dans le jardin de notre cœur, après en avoir arraché toutes les mauvaises herbes, et le germe grandirait et les oiseaux, c'est-à-dire les anges, descendraient dans nos âmes et feraient fructifier les vertus dans les rameaux de notre foi (Mt., 13, 18-32). Avec une ferme confiance dans la parole de Dieu nous soulèverons une montagne d'afflictions (Mt., 17, 20) tandis que, si notre foi est chancelante, elle ne déplace- ra même pas une taupinière. Au terme de ce premier entretien, je vous dirai que puisque un réconfort spirituel suppose une base de foi et que personne autre que Dieu ne peut la donner, nous ne devons cesser jamais de la lui demander.

VINCENT : En vérité, mon cher oncle, la foi me paraît à moi aussi primordiale et même tellement indispensable que sans elle tout réconfort spirituel serait absolument vain. Je prierai Dieu de me donner une foi vive et entière. Et vous, mon cher oncle, poursuivez votre exposé sur le réconfort spirituel contre le désespoir. 

ANTOINE : Bien volontiers, mon cher neveu.

III. ÉPROUVER LE DÉSIR D'ÊTRE SOUTENU PAR DIEU NOUS EST DÉJÀ UN SOUTIEN

Je prierai pour obtenir le premier réconfort, savoir : le désir d'être soutenu par Dieu. Car le désir d'être réconforté est aussi indispensable à un affligé que la volonté de guérir à un malade. On peut diviser en deux groupes les gens qui sont dans le chagrin : ceux qui luttent et ceux qui s'abandonnent. Cette dernière catégorie peut également se diviser en deux. Il y a d'abord ceux qui sont tellement plongés dans le désespoir qu'ils se refusent à toute pensée et tombent dans une sorte de léthargie. Ils commettent le plus grave des péchés mortels en se laissant choir ainsi dans l'inertie. Il y a ensuite ceux à qui le malheur a fait perdre toute patience et rendus si susceptibles qu'il est inutile de leur parler. L'irritation les fait déraisonner. Ceux-là commettent le grave péché de colère. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 2 Juin - 23:48

III. ÉPROUVER LE DÉSIR D'ÊTRE SOUTENU PAR DIEU NOUS EST DÉJÀ UN SOUTIEN

(...) Parmi ceux qui acceptent d'être réconfortés, on peut également distinguer deux espèces de gens. Il y a ceux qui, dans leur chagrin, se raccrochent aux satisfactions de ce monde. Je vous en parlerai peu maintenant, car nous aurons l'occasion d'y revenir. Je vous dirai toutefois ce que j'ai appris chez saint Bernard : celui qui dans le malheur, se tourne vers les vanités de ce monde pour y chercher aide et consolation se conduit comme un homme qui, sur le point de se noyer, se cramponne à tout ce qui lui passe à portée de main, fût-ce un simple fétu de paille. Mais cela ne lui sera d'aucun secours : le fétu le suivra au fond de l'eau. Et ainsi de nous : si nous prenons l'habitude de chercher notre soutien dans les vains plaisirs du monde, Dieu permettra à notre chagrin de s'accroître à tel point qu'il nous submergera, nous et ce qui nous soutenait. 

Voyons maintenant ceux qui ont le désir et l'espoir d'être réconfortés par Dieu. Comme je vous l'ai déjà dit, ce désir même est source de réconfort et ceci pour deux raisons :

D'abord, ils cherchent un appui là où ils ne peuvent manquer de le trouver. Car Dieu peut leur apporter le réconfort, puisqu'il est tout-puissant, et il veut le leur accorder, puisqu'il est infiniment bon, et qu'il a dit : « Demandez et vous recevrez » (Jn., 16, 24). Celui qui croit ne peut douter que Dieu tiendra sa promesse. C'est pourquoi le seul fait de désirer être réconforté par Dieu est déjà en soi un réconfort.

Dieu peut soulager nos maux de deux façons, soit en diminuant ou en supprimant la cause de notre douleur, soit en nous donnant le courage et la force morale de supporter notre épreuve. Mais un homme qui demande à Dieu d'éloigner de lui le motif de son chagrin ne sera, je le crains, jamais soulagé. En effet, une telle prière ne s'accorde pas avec un désir de perfection, et elle peut être contraire au salut de celui qui la formule. Nous y reviendrons. Mais celui qui s'en remet entièrement à Dieu, lui plaît si fort qu'il ne peut manquer d'obtenir satisfaction. 

Le simple désir de chercher refuge auprès de Dieu est signe que celui qui l'éprouve n'est pas un être abject, privé de la grâce divine, puisque Dieu lui a mis au cœur un tel appétit de vertu. En effet, toute mauvaise pensée nous vient du monde, de nous-mêmes ou du démon, et toute bonne pensée nous vient de notre bon ange ou encore directement de Dieu. Et quel merveilleux réconfort nous éprouvons alors à sentir en ce désir même le signe que Dieu s'attache à nous sauver ! (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 4 Juin - 1:21

IV. L'ÉPREUVE EST UN MOYEN D'AMENER LES HOMMES À DÉSIRER L'APPUI DE DIEU

VINCENT : En vérité, mon cher oncle, c'est bien en désirant l'aide de Dieu que l'on trouve le plus de réconfort ! Et je vois clairement à quelles déceptions s'exposent ceux qui dans le malheur s'abandonnent à l'inertie ou à la colère. 

ANTOINE : C'est vrai, mon cher neveu, aussi longtemps qu'ils persistent dans leur erreur. Mais il faut bien vous dire que l'adversité est un moyen de les en faire sortir et que c'est une des raisons pour lesquelles Dieu nous l'envoie. Car si la douleur fut voulue par Dieu en punition de nos péchés (et ceux qui vivent dans le péché ne peuvent manquer de subir le châtiment éternel), c'est également que, dans sa bonté, il nous envoie ces épreuves pour nous amender.

Saint Paul était un ennemi du Christ jusqu'à ce que le Christ l'eût jeté par terre et frappé de cécité. Et par le moyen de cette tribulation, il le rendit attentif à ses paroles, après quoi il le guérit, dans son âme et dans son corps, par l'intermédiaire de son ministre Ananias et il fit de lui son apôtre bien-aimé (Act., 9, 3, sqq.). Certains réagissent aux coups du malheur en se rebellant contre Dieu et pourtant, à la longue, l'adversité les remet dans le bon chemin. L'orgueilleux Pharaon supporta deux ou trois des plaies d'Égypte sans broncher. Mais alors le Seigneur le frappa plus cruellement encore, et il appela au secours. Il envoya chercher Moïse et Aaron et reconnut devant eux qu'il était un pécheur et que Dieu était juste et bon. Et il leur demanda de prier le Seigneur d'abolir cette plaie, et leur promit de les laisser partir. Mais à peine soulagé il redevint mauvais (Exod., 9, 27 sqq.). Ainsi, le malheur lui fut profitable et l'allègement de sa peine, nuisible. Car dans son malheur il se tourna vers Dieu, mais aussitôt après, son cœur s'endurcit à nouveau. 

Bien des gens qui se consolent de leurs petites misères en se distrayant, trouvent, en cas de profonds malheurs, si peu de réconfort dans ces distractions qu'ils se tournent vers Dieu. C'est souvent le malheur qui amène les gens à désirer chercher refuge auprès de Dieu. Et ce désir même est une source de grand réconfort.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 5 Juin - 9:10

V. COMMENT, DANS L'ÉPREUVE, TROUVER UN PREMIER RÉCONFORT

Si l'épreuve est souvent pour nous un moyen de salut, il arrive parfois qu'elle ne suffit pas et, puisque le désir de Dieu doit venir en premier, sans quoi il ne faut espérer aucun véritable réconfort, nous allons étudier les voies par lesquelles on y peut arriver.

Si un paresseux, un impatient, un homme qui se complaît dans les vanités de ce monde n'a pas de lui-même le désir d'être réconforté par Dieu, c'est à ses amis, me semble-t-il, à lui communiquer ce désir. Ils ne devraient pas, comme ils le font d'habitude, lui parler de choses insignifiantes et l'entretenir des diversions que peut lui offrir ce monde. Ils doivent l'inciter à prier Dieu de lui mettre dans le cœur la soif des consolations divines. Car une fois qu'il aura ce désir, il éprouvera sans aucun doute un merveilleux réconfort. Ses amis doivent aussi l'aider de leurs prières et lui faire désirer le soutien des prières des gens de bien, grâce à quoi sans aucun doute, la bonté de Dieu les exaucera. 

VI. NOUS NE DEVONS PAS DEMANDER À DIEU D'ÉCARTER TOUTES LES ÉPREUVES QU'IL NOUS ENVOIE


VINCENT : Ce conseil, mon cher oncle, me paraît excellent. Car il est inutile d'apporter un réconfort spirituel à ceux qui n'ont pas soif de Dieu. Pourtant, si un homme cherche en Dieu son réconfort, s'il prie Dieu d'éloigner de lui ce qui cause son tourment, ce désir n'est-il pas suffisant ?

ANTOINE : Non, mon neveu, certainement pas ! J'ai effleuré ce sujet sans l'approfondir, parce que je savais que nous aurions l'occasion d'y revenir, et je suis content que vous me le rappeliez.

On peut souvent et sans péché demander à Dieu d'écarter de nous les épreuves, mais on ne peut l'espérer à toute occasion. Car nous pouvons souffrir de mille façons différentes telles que la perte de biens matériels, la maladie, la mort d'un ami, ou quelque douleur corporelle, ou encore la crainte d'être privés de ce que nous voudrions conserver. Nous pouvons craindre de perdre nos biens, nos amis. (...) 
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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 5 Juin - 22:54

VI. NOUS NE DEVONS PAS DEMANDER À DIEU D'ÉCARTER TOUTES LES ÉPREUVES QU'IL NOUS ENVOIE
 
(...) Nous pouvons souffrir de la douleur d'un ami, ou encore craindre ce que lui-même craint le moins, c'est-à-dire de perdre son âme par le péché mortel. Et ceci est la dernière espèce de malheur et le plus cruel de tous. Nous en parlerons en plusieurs occasions, mais j'en traiterai plus à fond à la fin de cet ouvrage. 

Comme je vous l'ai dit, les maux sont si variés qu'un homme peut prier Dieu d'écarter de lui certains de ces maux et se réconforter à la pensée que Dieu l'exaucera. Aussi pouvons-nous prier Dieu de nous garder, nous-mêmes et nos amis, de la faim, de la maladie, de la souffrance physique, de la mort du corps ou de l'âme. Dans les oraisons que nous enseigne notre mère la Sainte Église, bien des pensées vont dans ce sens. Dans le Pater Noster, nous demandons notre pain quotidien, et aussi de ne pas succomber à la tentation et d'être délivrés du mal.

Pourtant, nous ne pouvons pas demander à être libérés de toute espèce de tentation. Car quelqu'un qui prierait Dieu de lui rendre la santé chaque fois qu'il est malade ne se montrerait jamais content de mourir et d'aller à Dieu. Or, c'est précisément ce qu'il faut désirer. C'est un souci pour un homme vertueux de sentir en lui le conflit entre l'âme et la chair, la révolte de la sensualité contre les règles imposées par la raison ; ce sont les séquelles du péché originel, dont saint Paul se plaint si amèrement dans l'épître aux Romains (Rom., 7, 14 sqq.). Pourtant, nous ne pouvons, dans cette vie, prier Dieu de nous en délivrer complètement, car il est dans l'ordre de Dieu que nous luttions contre elles et les surmontions en sorte qu'elles deviennent l'instrument de notre mérite.

Nous pouvons prier avec ferveur pour le salut de notre âme, pour obtenir la grâce, la foi, l'espérance et la charité, et pour toutes les vertus qui nous font avancer vers le ciel. Mais, quand nous demandons à Dieu de nous délivrer d'une épreuve, nous devons ajouter que nous nous soumettrons entièrement à sa volonté, car il se peut que cette épreuve soit voulue par lui pour notre bien. S'il en est ainsi, prions-le de bien vouloir nous envoyer une aide spirituelle pour supporter l'épreuve gaiement ou au moins de nous accorder la force de la subir avec patience.(...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 6 Juin - 21:28

VI. NOUS NE DEVONS PAS DEMANDER À DIEU D'ÉCARTER TOUTES LES ÉPREUVES QU'IL NOUS ENVOIE
 
(...) Car si nous prétendons n'être réconfortés que par la suppression de l'épreuve, nous donnons alors des ordres à Dieu et nous croyons savoir mieux que lui ce qui nous convient. Dans l'épreuve, remettons-nous en donc à lui pour le soutien et le réconfort à nous apporter. Car il connaît mieux que nous nos besoins, et dans sa souveraine bonté, il nous enverra ce qui nous convient le mieux. Car, à moins que Dieu ne nous offre lui-même le choix, comme il offrit à David de choisir son châtiment (2 S., 24, 12) pour abaisser son immense orgueil, nous pourrions verser dans une erreur grossière. Nous risquerions aussi de mécontenter Dieu si fort, qu'il n'en arrive à nous accorder ce que nous demandons, et par la suite, nous aurions à reconnaître combien nous nous sommes trompés. 

Combien de gens assurent la santé de leur corps, alors que la maladie serait tellement plus profitable au salut de leur âme ! Combien, une fois sortis de prison, tombent dans ces fautes que la prison leur évita ? Combien ont perdu la vie en luttant pour conserver leurs biens ? Nous sommes si aveugles, si inconscients de l'avenir que la plus grande vengeance de Dieu serait d'exaucer toutes les prières des hommes au fur et à mesure qu'ils les formulent. 

Comment pouvons-nous savoir, pauvres fous que nous sommes, où est notre intérêt ? Le bienheureux Apôtre lui-même, dans sa grande détresse, pria Dieu par trois fois de le délivrer. Mais Dieu lui répondit (d'une certaine façon) qu'il était fou de demander une chose pareille car la grâce, que le Seigneur lui enverrait, lui serait bien plus profitable. L'Apôtre reconnut par expérience le bien-fondé de cette leçon, aussi nous recommande-t-il d'être modestes en nos prières et de toujours nous soumettre à la volonté de Dieu. L'Esprit-Saint désire tant notre salut, qu'il l'implore avec des gémissements qui ne se peuvent décrire. « Nous ne pouvons pas savoir ce que nous devons demander à Dieu dans nos prières », dit saint Paul, « mais l'Esprit-Saint le demande pour nous par des gémissements ineffables » (Rom., 8, 26).(...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 7 Juin - 23:02

VI. NOUS NE DEVONS PAS DEMANDER À DIEU D'ÉCARTER TOUTES LES ÉPREUVES QU'IL NOUS ENVOIE

(...) Ainsi, ne demandons pas à Dieu de nous délivrer de l'épreuve, mais prions-le de nous aider à la supporter, et dans cette prière même, nous puiserons un premier réconfort, car nous pouvons être sûrs qu'une telle prière est inspirée par Dieu, qu'elle est un début de l'action de Dieu en nous et que si nous n'essayons pas de nous éloigner de lui, Dieu restera près de nous. Si Dieu est à nos côtés, quel mal peut nous atteindre ? « Si Dieu est près de nous, qui osera nous attaquer ? » dit saint Paul (Rom., 8, 32).

VII. TOUTE ÉPREUVE PEUT FAIRE GRAND BIEN À NOTRE ÂME, SI NOUS LE VOULONS


VINCENT : Cher oncle, vous avez bien répondu à ma question : « Dans l'épreuve quel réconfort pouvons-nous demander à Dieu ? » Maintenant poursuivez, et montrez-nous d'autres réconforts spirituels. 

ANTOINE : Voici, me semble-t-il, un autre sujet de réconfort : toute épreuve nous est envoyée pour notre bien, et peut nous faire du bien, à moins que nous le refusions. 

VINCENT : Voilà certes une pensée très réconfortante ! 

ANTOINE : Nous pouvons diviser les épreuves en trois catégories, celles que nous subissons comme la conséquence de nos actes, telles que les maladies qui suivent nos excès, l'emprisonnement, ou tout autre châtiment imposé à un homme pour ses crimes, ensuite celles qui nous sont envoyées par Dieu sans que nous discernions bien si c'est en punition de quelque péché commis antérieurement ou pour nous empêcher de tomber dans quelque erreur, ou encore des épreuves qui ne sont pas envoyées à l'homme pour ses péchés mais seulement pour exercer sa patience et accroître son mérite. Dans les premiers cas, l'épreuve est salutaire, dans le dernier, elle est plus que salutaire.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 9 Juin - 0:13

VIII. CONSIDÉRATIONS SUR CEUX QUI SUBISSENT DES ÉPREUVES PAR LEUR PROPRE FAUTE

VINCENT : Tout cela me paraît juste, mon cher oncle, mais un peu bref et par conséquent obscur.

ANTOINE : Nous allons reprendre en détail chacune de ces considérations.
Nous avons vu que certaines gens tombent dans le malheur par leur propre faute, comme par exemple ceux qui contractent une maladie par suite de leur gourmandise : des épreuves de ce genre mettent un homme mal à l'aise, car il se sait l'auteur de son propre mal. Pourtant, il peut y puiser du réconfort en se disant qu'il peut en faire un instrument de son salut. Car puisque son mal est la conséquence de son péché, mieux vaut l'endurer avec patience, en implorant le secours de Jésus-Christ plutôt que d'encourir un châtiment bien plus cruel dans un autre monde. La bonté du Dieu tout-puissant est telle qu'il ne punit pas deux fois pour la même faute.

Cette punition étant imposée à l'homme, ne paraît pas mériter de remerciements, mais la bonté du Tout-Puissant surpasse tellement la pauvre et imparfaite bonté humaine, que Dieu, dans son amour pour les hommes se plaît à bouleverser leurs plans. Car aussitôt que nous avons confessé nos fautes, dès que nous avons reconnu avoir mérité un châtiment plus sévère, Dieu considère que ce châtiment a été accepté, et en purifiant notre âme il nous évitera les tourments du purgatoire et peut-être même ceux de l'enfer. Nombreux sont ceux qui, sans l'épreuve, se seraient obstinés dans le péché, mais qui, grâce à elle, se rendent compte de leur faiblesse, de la vanité du monde et se tournent alors vers Dieu. C'est ainsi qu'à travers la souffrance, ils comprennent la nécessité de la vertu, qu'en la supportant avec douceur et résignation ils en font un remède à leurs maux et meurent enfin saintement. 

Pensez à Achan (1), qui commit un sacrilège dans la grande ville de Jéricho (Jos., 7, 10 sqq.). Dieu s'en vengea sur tous les enfants d'Israël. Puis il leur révéla pourquoi il se vengeait et leur ordonna de rechercher le coupable, tribu par tribu, famille par famille. Quand finalement Achan fut pris, c'était bel et bien contre sa volonté, mais Josué lui parla sagement et lui dit : « Mon fils, glorifie, je te prie, Yahwé, le Dieu d'Israël. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 9 Juin - 21:56

VIII. CONSIDÉRATIONS SUR CEUX QUI SUBISSENT DES ÉPREUVES PAR LEUR PROPRE FAUTE

ANTOINE : (...)Avoue-moi ce que tu as fait, ne me le cache point » et Achan confessa humblement qu'il avait volé et supporta patiemment d'être mis à mort. Il mourut comme un homme de bien. Pourtant s'il n'avait pas été pris, il aurait couru le danger de ne jamais se repentir, il aurait pu mourir dans le péché et aller pour l'éternité en enfer. Ainsi, cette épreuve méritée fut pour le voleur un remède salutaire. 
Pensez au bon larron (Lc., 23, 39-43), qui était à la droite du Christ. Sa louable patience, l'humble aveu de ses fautes, le pardon qu'il demanda à Dieu et l'acceptation de mourir pour ses péchés n'ont-ils pas guéri son âme de tout mal et ne lui ont-ils pas gagné le salut éternel ? 
Aussi, je vous le dis, cette forme d'épreuve, quoiqu'elle paraisse la plus humiliante et la moins supportable, peut devenir, si l'homme le veut, un merveilleux tonique. Et on y peut puiser en y réfléchissant un grand réconfort et une grande consolation spirituelle.

IX. MÊME SI NOUS NE COMPRENONS PAS CLAIREMENTPOURQUOI NOUS SUBISSONS UNE ÉPREUVE, CELLE-CI PEUT NOUS ÊTRE SALUTAIRE

VINCENT : En vérité, mon oncle, vous m'avez bien expliqué tout ce qui concerne le premier genre d'épreuves. Je vous en prie, parlez-moi maintenant du second. 

ANTOINE : Dans la seconde catégorie, je place les épreuves envoyées par Dieu sans que nous comprenions bien pourquoi nous les avons méritées, comme nous savons que tel excès entraîne telle maladie, comme le voleur sait quelle peine il encourt en commettant tel vol. Nous commettons sans cesse des fautes contre Dieu, fautes qui méritent un lourd châtiment, aussi pouvons-nous penser (et c'est sagesse) que nous avons mérité ce châtiment par un péché, même si nous ignorons lequel. Cette espèce d'épreuve peut être en quelque sorte assimilée à la précédente. Car, voyez-vous [si nous l'acceptons avec patience en reconnaissant qu'elle nous est envoyée pour nos péchés], elle nous préservera de la punition que nous aurions subie dans l'autre monde pour les péchés commis dans celui-ci. Cette pensée aussi peut vous apporter du réconfort. Elle en procurera surtout à ceux qui ont une vie profonde et une conscience droite. Ils ne peuvent s'empêcher de se reconnaître pécheurs, car saint Paul dit : « Ma conscience ne me reproche rien, mais cela ne me justifie pas » (1 Cor., 4, 4) et saint Jean : « Si nous disons qu'il n'y a pas de péché en nous, nous nous mentons à nous-mêmes, et il n'y a pas de vérité en nous » (1 Jn., 1, 6). Cependant une conscience droite nous soutient dans nos tribulations même si la cause de celles-ci nous est mal connue. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 11 Juin - 1:19

IX. MÊME SI NOUS NE COMPRENONS PAS CLAIREMENT POURQUOI NOUS SUBISSONS UNE ÉPREUVE, CELLE-CI PEUT NOUS ÊTRE SALUTAIRE

(...)Je vous ai déjà expliqué comment ces épreuves guérissent l'âme des péchés passés et lui acquièrent la rémission de la peine qu'elle avait encourue. Nous allons voir qu'elles peuvent être un bienfait, car il arrive qu'elles nous empêchent de tomber dans un péché que sans elles nous aurions commis.

Le remède qui nous rend la santé est un bon remède, mais celui qui nous empêche de la perdre l'est également. Parfois Dieu, voyant un homme vertueux sur le point d'atteindre au bonheur, prévoit quelle quantité de bonheur il pourra supporter et quelle autre quantité entraînera sa chute en lui faisant perdre la grâce. Alors, dans sa bonté, Dieu lui envoie une épreuve ; il se donne ainsi à reconnaître comme le Créateur ; il le détourne du monde et de ses trompeuses flatteries ; il traite ce faible cœur mortel comme une barque dont il a cargué la voile et qu'il a surmontée d'une croix, de peur que la tempête de l'orgueil ne la fasse chavirer.

Voyez cette femme jeune et jolie mais restée vertueuse jusqu'ici. Dieu la sait sur le point de succomber à une passion coupable pour un homme sans scrupules qu'elle connaît à peine. Mais Dieu l'aime trop tendrement pour lui laisser commettre cette faute honteuse et stupide. Il lui envoie, à point nommé, une bonne fièvre, qui fait fondre sa chair. Son joli teint a terni comme du plomb, elle est devenue si vilaine que son amant n'aurait plus nul plaisir à la regarder !

Ne lisons-nous pas chez saint Paul que les sublimes révélations que lui faisait le Seigneur l'auraient peut-être gonflé d'orgueil si Dieu n'y avait pourvu par un certain remède. Et qu'était ce remède sinon une épreuve pénible et si cruelle que, par trois fois l'Apôtre pria Dieu de l'en délivrer 2 Cor., 12, 8 ? Mais Dieu, qui voyait plus clair en saint Paul que saint Paul lui-même, ne voulut exaucer sa demande que lorsque le danger fut écarté. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 11 Juin - 23:08

IX. MÊME SI NOUS NE COMPRENONS PAS CLAIREMENT POURQUOI NOUS SUBISSONS UNE ÉPREUVE, CELLE-CI PEUT NOUS ÊTRE SALUTAIRE

(...) Vous voyez bien, cher neveu, que nos épreuves sont doublement curatives : elles nous guérissent des fautes passées et nous préservent des fautes futures. Que cette pensée nous apporte un double réconfort. Certes, on réagira différemment à ces épreuves suivant qu'on aura ou non l'âme obscurcie par le péché. Toutefois, je ne conseille à personne de s'imaginer que si le ciel lui envoie quelque peine c'est pour l'empêcher de s'enorgueillir de sa sainteté ! Laissons ce sentiment à saint Paul jusqu'à ce que notre vie se soit haussée au niveau de la sienne ! 

X. CERTAINES ÉPREUVES NOUS SONT ENVOYÉES EN VUE D'EXERCER NOTRE PATIENCE

VINCENT : Il vous reste à parler, maintenant, cher oncle, de la troisième sorte d'adversités, celles que Dieu envoie à l'homme, non pour l'expiation de ses fautes passées ou futures, mais en vue d'exercer sa patience et d'accroître ses mérites. Cette troisième sorte d'épreuves lui vaudra certainement, dans l'autre monde, une plus grande récompense que les deux premières, mais je ne vois pas comment, dans ce monde-ci, l'homme y pourra trouver un plus grand soulagement, car il ne peut savoir si ces maux passagers lui sont envoyés pour un péché déjà commis, pour l'empêcher d'en commettre un autre ou pour augmenter ses mérites et lui valoir dans l'au-delà de plus grandes récompenses. En fait, chacun d'entre nous a suffisamment de motifs d'estimer que telle épreuve qu'il subit est la juste punition de ses fautes antérieures. Penser autrement serait présomptueux.  

ANTOINE : Ce que vous dites, neveu, est vrai pour la plupart des hommes. C'est pourquoi ils ne doivent ressentir ni envie ni dépit si un autre, plus méritant, obtient dans l'adversité plus de soulagement qu'eux : ils peuvent eux-mêmes trouver dans leur épreuve leur part de consolation. Je vous ai dit, neveu, que le meilleur d'entre nous doit se reconnaître pécheur. Pourtant, certains fidèles – à vrai dire peu nombreux en regard de la multitude – peuvent espérer, à cause de la pureté de leur conscience, que Dieu leur envoie telle grande épreuve pour exercer leur patience et accroître leurs mérites. (...) 

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 12 Juin - 23:10

X. CERTAINES ÉPREUVES NOUS SONT ENVOYÉES EN VUE D'EXERCER NOTRE PATIENCE

ANTOINE : (...) Saint Paul n'en est pas le seul exemple : nous en trouvons un autre en la personne du saint homme Job, qui ne craignait pas de dire à ses amis empressés à lui prodiguer leurs vains conseils : « Ma conscience m'assure que je n'ai pas mérité mon terrible abaissement. » Je vous ai déjà dit que je ne conseille à personne de se conforter par une pensée aussi audacieuse. Pourtant, je connais des hommes à qui j'oserais faire espérer que Dieu leur a envoyé la peine qui les afflige non tant pour les punir que pour exercer leur patience. Il y a même certaines peines, en face desquelles je n'hésiterais pas non plus à donner ce conseil, quelle que soit par ailleurs la valeur morale de celui que je réconforterais ainsi.  

VINCENT : De quelles peines parlez-vous, mon cher oncle ? 

ANTOINE : Pardi, neveu, de celles dont souffrent les gens qui défendent la justice ou la cause de Dieu. S'il m'arrivait de rencontrer un homme qui, après une longue vie de vertu, serait finalement tombé aux mains des Turcs et qui, malgré des tortures endurées, serait resté fidèle à sa foi et témoignerait toujours en faveur de la vérité, me contenterais-je, s'il m'était possible de lui apporter un réconfort spirituel, de lui dire qu'il doit prendre son mal en patience, que Dieu le lui envoie pour ses péchés, qu'il l'a bien mérité, qu'il aurait mérité pire encore ? Il pourrait me traiter d'intolérable donneur de conseils, et d'insupportable distributeur de consolations, comme Job, ses amis (Job, 16, 2). Non pas ! Je lui dirais hardiment d'envoyer au diable le péché, l'enfer, le purgatoire et le reste. Je lui dirais de ne pas relâcher son effort, car il en perdrait tout le bénéfice, tandis que s'il persévère, sa peine se changera en gloire.

J'irai plus loin. Supposez qu'un chrétien ait commis au milieu de ces infidèles un acte méritant la mort, non pas seulement selon leurs lois, à eux, mais aussi selon la loi du Christ (tel un meurtre ou un adultère), supposez qu'il soit arrêté, et qu'on lui offre la vie à condition qu'il renie la foi du Christ. Si cet homme préfère la mort, vais-je le moraliser comme on moralise un malfaiteur ? Non, certes ! Cet homme qui serait mort pour sa faute meurt maintenant pour le Christ, puisqu'il aurait pu avoir la vie sauve en le reniant. Le seul fait d'avoir choisi la mort le lave de son péché, grâce aux mérites de Jésus-Christ sans l'aide de qui tous nos efforts seraient vains. Puisqu'il a renoncé à la vie pour sauver sa foi, le Christ lui pardonnera entièrement sa faute ; il ne lui infligera aucune peine dans le purgatoire, mais le couvrira de gloire en son paradis. Cet homme qui fut un démon peut être considéré maintenant comme un martyr.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 13 Juin - 22:28

X. CERTAINES ÉPREUVES NOUS SONT ENVOYÉES EN VUE D'EXERCER NOTRE PATIENCE

(...) VINCENT : Ceci est merveilleusement dit, mon oncle, et me réconforte grandement, dans la terreur que m'inspire l'invasion turque. 

ANTOINE : Nous parlerons de cette terreur en dernier lieu. Je n'avais pas l'intention d'y faire allusion ici, mais la véhémence de votre ton m'y a obligé. J'aurais voulu vous parler de ceux qui préfèrent souffrir plutôt que d'offenser le droit et la justice. Car si un homme accusé à tort d'un crime quelconque, accablé par de faux témoignages, condamné et montré du doigt, peut trouver grand réconfort dans son innocence, que dire du soutien que trouvera en son cœur celui qui lutte pour la vérité et la justice et qui souffre persécution pour elles ? 

VINCENT : Dites-moi, si on veut me déposséder de mon bien, trouverai-je un grand réconfort dans la pensée que Dieu me récompensera au cas où j'aurai bien défendu ce qui m'appartenait ? 

ANTOINE : Non, non, cher neveu, ici vous vous égarez, car vous parlez de la défense des biens temporels. Saint Paul nous dit : « Ne vous défendez pas, mes très chers amis » (Rom., 12, 19) ; et Notre-Seigneur : « Si quelqu'un te poursuit en justice et veut s'emparer de ton manteau, laisse-lui aussi ta robe » (Mt., 5, 40). Vous voyez que la défense de nos propres intérêts ne mérite nulle récompense.

Mais si vous agissez selon la parole de saint Paul, « Ne cherche pas ton profit, mais celui des autres » (Phil., 2, 4), si vous défendez la veuve et l'orphelin et préférez souffrir vous-même plutôt que de les voir souffrir ; ou encore si, étant juge, vous préférez encourir la vengeance de quelque puissant de ce monde plutôt que de rendre en sa faveur un jugement inique, les tribulations qui en résulteront pour vous seront en vérité plus et mieux que des remèdes. Quiconque les subit peut, dans sa profonde détresse, se répéter les paroles du Christ : « Bienheureux les Miséricordieux, car ils obtiendront Miséricorde. Bienheureux, ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux » (Mt., 5, 7 et 10). 

Oui, ces sentences sont pour eux d'un immense réconfort. Il se peut même qu'il en découle pour eux une joie qui gonfle leur cœur, et qui atténue leurs souffrances temporelles. Toutefois, notre confiance en Dieu doit nous soutenir et nous encourager encore bien davantage. Ce point-là, je l'ai dit, je l'aborderai en dernier lieu. En attendant, nous avons assez longuement traité des épreuves de la troisième sorte.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 14 Juin - 23:20

XI. DU BON USAGE DES ÉPREUVES

VINCENT : En vérité, mon cher oncle, cette catégorie d'épreuves comporte en soi plus de réconfort que les deux autres.

ANTOINE : Indubitablement. Pourtant, je ne vous ai pas encore parlé du plus grand sujet de consolation et celui-là vous pouvez le trouver dans n'importe quel malheur, car je n'ai cité, à propos des épreuves qui nous sont envoyées pour nos péchés, que deux sujets de soulagement : j'ai dit qu'elles nous empêchent de commettre certains péchés, et que par les mérites de Jésus-Christ, elles nous gardent de l'enfer et nous épargnent certaines peines du purgatoire. 

Mais voici maintenant une autre source de joie. Si, quand nous subissons une épreuve pour nous laver d'un péché, même véniel, même peu apparent aux yeux du monde, nous prions pour avoir la grâce de la supporter avec patience, si, reconnaissant devant Dieu que cette épreuve est peu de chose comparée à nos fautes, nous le supplions non seulement d'être assez miséricordieux pour accepter ce mal en rémission de nos péchés, mais aussi de prendre en considération notre patience à la supporter et de nous en récompenser dans le ciel, alors, je ne doute pas que Dieu, dans sa grande bonté, nous accordera cette faveur. 

En enfer, toute souffrance est un châtiment et rien de plus, car le moment de la purification est passé. Au purgatoire, la douleur ne peut servir qu'à la purification, car il est trop tard pour acquérir des mérites, mais pendant que nous sommes en ce monde, l'épreuve qui nous est envoyée pour nos péchés n'est pas seulement un châtiment et une purification, elle nous obtient aussi, si nous le voulons, une récompense. J'ai confiance en la bonté de Dieu et je crois qu'il en va ainsi de toute bonne action spontanée, de toute pénitence imposée par un confesseur et accomplie de bon gré. 

Nous ne pouvons, par nos seuls mérites, obtenir cette faveur, mais les mérites de Jésus-Christ sont aux nôtres ce que le chargement d'un bateau est au contenu d'une cuillère, la bonté et la sagesse de Dieu sont si grandes que notre aveugle nature humaine ne peut en concevoir l'immensité et Dieu, si nous supportons patiemment nos épreuves, si nous le lui demandons avec confiance, nous accordera non seulement de nous laver de nos péchés mais aussi de nous attribuer telle compensation qu'il jugera la meilleure pour nous. 

Ainsi, vous le voyez, les moindres épreuves comportent de bien plus grandes causes de consolation que je ne l'avais dit d'abord.

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 15 Juin - 23:59




Litanies de Saint François Régis
http://leblogdumesnil.unblog.fr/2011/06/16/litanies-de-saint-jean-francois-regis/


Des prières à Saint François Régis
http://www.saintregislalouvesc.org/prier/prieres/

Neuvaine à Saint François Régis

https://play.google.com/books/reader?id=aY-TtDhyJ-QC&printsec=frontcover&output=reader&hl=fr&pg=GBS.PR1


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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Sam 17 Juin - 8:54

XII. OBJECTION

ANTOINE : (...) Nous leur concédons qu'aucun acte vertueux n'est méritoire sans la foi ; qu'aucune œuvre humaine ne peut trouver par elle-même sa récompense au ciel – cette récompense, si nous l'obtenons, c'est grâce à la grande bonté de Dieu, à qui il a plu de mettre un prix si élevé à une si pauvre chose –, que Dieu nous accorde cette récompense à cause des mérites de Jésus-Christ ; que tout ce que nous faisons de bien nous le faisons avec l'aide de Dieu, que nous ne pouvons nous targuer de nos pauvres œuvres imparfaites car nous ne pouvons jamais faire de bien à Dieu, mais serons toujours de piètres serviteurs. 

Oui, nous leur concédons tout cela, mais ils peuvent, de leur côté, nous faire les concessions suivantes : que les hommes ont le devoir d'accomplir des actes vertueux quand ils en ont le temps et le moyen, et que plus on aura œuvré dans la vraie foi, plus on sera récompensé. 

S'ils soutiennent en outre que toute récompense est donnée pour la seule foi et rien pour les œuvres, parce que c'est la foi qui force à bien agir, je ne discuterai pas ce sujet maintenant. 

Mais j'ai trop grande confiance en la bonté de Dieu pour croire qu'il reprocherait à nos faibles intelligences une mauvaise interprétation de cette subtilité et permettrait que nos âmes fussent damnées alors que le Christ a souvent répété, les saints ont clairement expliqué et les chrétiens ont cru jusqu'aujourd'hui que les hommes seraient récompensés au ciel pour les actions bonnes et vertueuses qu'ils auraient accomplies sur terre. 

J'ajoute que des hommes intelligents et instruits ne peuvent comprendre les raisons de ceux qui veulent ôter tout mérite à la charité et en attribuer uniquement à la foi. Ceux-ci accordent que la foi ne sert à rien si elle n'est accompagnée par sa sœur la charité. 

Et la Sainte Écriture dit : « De ces trois vertus, la foi, l'espérance et la charité, la plus grande est la charité » (1 Cor., 13). Cette dernière semble bien être aussi digne de récompense que la foi. Mais, comme je l'ai déjà dit, je ne discuterai pas ce sujet, du reste cela ne me servirait à rien, car, de toutes façons, cette troisième sorte d'épreuve trouve sa récompense, et cette pensée doit nous soutenir. 

VINCENT : Certainement, mon cher oncle, vous avez raison, et maintenant, poursuivez, je vous prie.

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Sam 17 Juin - 23:11

XIII. L'ADVERSITÉ PEUT NOUS ÊTRE PLUS SALUTAIRE QU'UN BONHEUR CONSTANT

ANTOINE : Il serait trop long, neveu, d'examiner tous les sujets de consolation qu'on peut trouver dans l'épreuve, mais nous pouvons voir quelles sont les raisons d'inquiétude de ceux qui en sont préservés.

Nous ne sommes pas venus ici-bas pour y demeurer, l'Écriture l'affirme, les saints l'ont toujours répété et notre propre expérience nous le dit. « Notre demeure, dit saint Paul, n'est pas ici-bas, nous sommes ici pour chercher notre demeure future » (Héb. 13, 14). En somme, saint Paul veut nous persuader de chercher cette autre demeure, car celui qui ne la cherche pas ne risque guère de la trouver. « Courez », dit saint Paul (1 Cor., 9, 24). Qu'arrivera-t-il à celui qui ne fait pas un pas ? 

Puisque nous ne sommes pas ici-bas pour y rester, Dieu désire que nous nous conduisions en voyageurs désireux de quitter ce monde. Il veut que, dans cette vallée de larmes, nous ne recherchions pas le repos, le plaisir, le bonheur. Ceux qui le font ressemblent à cet idiot, qui au lieu de rentrer dans sa belle demeure, s'arrête à l'auberge et meurt dans une étable.

Ceux qui se perdent en cherchant les richesses de ce monde ne sont-ils pas plus fous encore ? Leur folie dépasse celle de l'idiot dont je vous parlais de toute la distance qui sépare le ciel de l'enfer. Car Notre-Seigneur a dit : « Malheur à vous qui êtes dans la joie maintenant, car vous serez dans les larmes » (Lc., 6, 25). Et l'Écriture dit : « Il y a un temps pour les pleurs et un temps pour la joie » (Eccl., 3, 4). Vous voyez qu'elle met le temps des pleurs en premier, c'est celui que nous passons sur terre, la joie viendra après, au paradis. 

Il y a d'abord les semailles, ensuite viennent les moissons : nous semons en ce monde ce que nous récolterons dans l'autre. Nous devons, pendant ce bref temps des semailles, arroser de nos larmes ce que plus tard, dans l'autre monde, nous récolterons dans la joie éternelle. « Ils semaient tout en pleurant » dit le prophète. 

Mais il poursuit : « Ils reviendront, débordant de joie, les bras chargés d'épis » (Ps., 126). En route vers le ciel, ceux qui sèment en pleurant ressusciteront en joie au jour du jugement. Voici une preuve que ce monde n'est pas un lieu de réjouissance : Notre-Seigneur a pleuré à deux ou trois reprises, mais il n'est dit nulle part qu'il a ri. Je ne jurerai pas qu'il ne l'a jamais fait, mais ce n'est mentionné nulle part, alors qu'à plusieurs reprises, on nous rapporte qu'il a pleuré. (...)

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 19 Juin - 0:39

XIII. L'ADVERSITÉ PEUT NOUS ÊTRE PLUS SALUTAIRE QU'UN BONHEUR CONSTANT

(...) Nos péchés et ceux des autres nous fournissent bien des occasions de nous attrister, c'est du moins ce que nous devrions faire, déplorer leurs péchés et non nous amuser à en médire ou à les envier. Hélas ! 

Pauvres âmes, pourquoi les envier, même s'ils sont riches et sans soucis ? C'est d'eux que Job a dit : « Ils vivent dans la richesse et l'abondance, mais au moment de leur mort, ils seront précipités en enfer » (Job, 21, 13). 

Saint Paul dit aux Hébreux que Dieu châtie ceux qu'il aime et qu'il veut recevoir dans son paradis (Héb., 12, 6). Saint Paul dit encore : « C'est en passant par beaucoup de tribulations que nous atteindrons le Royaume des Cieux ». Notre Sauveur a dit lui-même aux disciples d'Emmaüs : « Ne savez-vous pas que le Christ doit souffrir avant d'entrer dans son royaume ? » (Lc., 24, 26). Et nous, ses serviteurs, pouvons-nous revendiquer des privilèges qu'il n'a pas eus lui-même ? Voudrions-nous parvenir au paradis sans mal, alors que lui a dû souffrir ?

Il a créé son royaume pour ses disciples et nous a dit à tous : « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il prenne sa croix et me suive » (Mt., 16, 24 ; Lc., 9, 23 ; Mc., 2, 24). Il ne dit pas : « Qu'il prenne du bon temps ! »

 Ainsi, nous voyons dans la Sainte Écriture combien sont vraies les paroles des saints qui tous disent que nous ne pouvons espérer être comblés de bienfaits à la fois dans ce monde et dans l'autre. Ceux qui vivent dans une continuelle prospérité doivent craindre d'être abandonnés de Dieu et d'encourir sa colère, mais ceux qui souffrent doivent trouver dans leur épreuve même un soutien spirituel.

XIV. OBJECTION ET RÉPONSE

VINCENT : Mon oncle, vous avez certainement raison ; pourtant vous avez parlé bien sévèrement de ceux qui vivent dans une continuelle prospérité. Ils sont relativement nombreux et détiennent le pouvoir. Or, quand ils posent à des sages la question suivante : « Pouvons-nous espérer le ciel, nous qui menons joyeuse vie sur terre ? », ces sages qui ont, je pense, assez d'autorité pour parler franchement, répondent : « Mais certainement, vous pouvez espérer le ciel. » Je les ai entendus moi-même.

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 20 Juin - 0:34

XIV. OBJECTION ET RÉPONSE

ANTOINE : Je suppose, mon neveu, qu'aucun sage ne parlera vraiment en ces termes, surtout s'il a du cœur, mais ceux qui le font agissent par peur ou par esprit de lucre. Nous pouvons peut-être leur prêter le raisonnement suivant : « Cet homme puissant a pour moi de la considération, il me donne de l'argent pour que je veille sur lui.

Si j'allais maintenant lui dire que tout ce que je fais est inutile, à moins qu'il ne se surveille lui-même, à moins qu'il ne prie lui-même, je crains fort qu'il ne me retire sa considération et ses libéralités, et si jamais j'ajoutais que je prie Dieu de lui donner la grâce de s'amender, de jeûner, de lui envoyer des souffrances corporelles pour que son âme en soit purifiée, il se mettrait dans une violente colère. Il ne veut pas d'une grâce qui le priverait de son bonheur présent ; il ne veut pas regretter ses péchés. » 

Voilà le raisonnement de ces gens cultivés et pleins d'esprit qui flattent et trompent les grands de ce monde. Il arrive aussi que, voyant un homme si attaché à son plaisir qu'ils désespèrent de pouvoir l'amender, ils lui racontent un boniment de ce genre, en attendant. Ils voient que l'homme n'est pas méchant et que même il fait quelque bien. Ils le laissent croupir dans ses péchés et s'en remettent à Dieu du soin de l'éclairer.

Il y avait, à côté du temple de Jérusalem, un bassin où on lavait les brebis du sacrifice (Jn., 5, 1). Nous pourrions dire que nos sages laissent leur ouaille tremper en attendant que l'ange du Seigneur vienne opérer en elle l'œuvre purificatrice et la transformer en une bonne petite brebis douce et humble.
À ce moment, ils interviennent et lui parlent de la pénitence. Mais en attendant, de peur de faire de cet homme amène et agréable un être colérique et un emporté capricieux, ils l'abreuvent de mots aimables et ne s'occupent pas du reste.

Ils en usent avec lui comme une mère avec son petit enfant quand il traîne au lit, puis se met à pleurer parce qu'il sera battu en arrivant en retard à l'école. Elle le console. « Pars, mon petit. J'ai envoyé prévenir le maître pour que tu ne sois pas battu. Prends ta tartine et va-t-en vite. » L'important pour elle est qu'il passe tranquillement la porte, qu'il ne pleure pas en sa présence ; elle ne se soucie guère qu'il soit puni ou non en arrivant à l'école. 

C'est ainsi qu'agissent bien des chapelains ; ils encouragent les puissants quand ils craignent de leur déplaire. Je ne les approuve pas, mais j'ai bien peur que telle ne soit leur conduite.

Source : livres-mystiques.com

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 21 Juin - 1:34

XV. AUTRES OBJECTIONS

VINCENT : Mon oncle, vous ne répondez pas entièrement à ma question, car l'Église nous fait prier Dieu ensemble qu'il envoie aux princes, aux prélats, à tout le monde en même temps qu'à nous-mêmes, la santé et la prospérité. Jamais un homme de bien ne priera Dieu d'envoyer des tourments à son prochain. De telles prières ne figurent pas, à ma connaissance, dans les bréviaires. 

Or, si une vie de prospérité était un tel péril pour l'âme, et les épreuves un tel profit, il me semble que nous nous ferions un devoir de demander à Dieu d'envoyer de rudes traverses à tous nos contemporains et nous nous emploierions nous-mêmes à leur en procurer !

À un ami malade, nous dirions : « Je suis ravi de vous voir dans cet état ! Dieu vous y maintienne longtemps ! » Jamais on ne devrait administrer de médicament, car en diminuant la douleur physique on enlève à l'âme le profit qu'elle en pourrait retirer, et ce profit n'est pas comparable au soulagement apporté au corps. 

Souvenez-vous en, mon oncle, l'Écriture Sainte nous offre maints exemples d'hommes qui, pour être comblés de biens n'en étaient pas moins bons !

Salomon était le roi le plus riche de son temps, pourtant il était aimé de Dieu (1 Rois, 3). Job non plus n'était pas un mendiant et s'il a perdu ses biens, ce n'est pas parce que Dieu refusait la richesse à son ami, mais parce qu'il voulait éprouver sa patience, accroître son mérite et confondre le Malin.

La preuve que la faveur divine s'accommode de la prospérité, c'est que Dieu rendit à Job le double de ce qu'il avait perdu, et lui accorda finalement longue vie pour en jouir (Job, 42).

Abraham vécut couvert d'honneurs et de richesses. Après sa mort il fut tellement honoré que la place réservée dans le paradis au pauvre Lazare était le sein même de ce bon riche.

Nous voyons du reste tous les jours des gens fortunés et vertueux et des gens pauvres pervertis. Il me paraît hasardeux d'établir un rapport entre d'une part les tribulations et l'amour de Dieu et d'autre part la prospérité et la damnation éternelle. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 21 Juin - 21:18

XV. AUTRES OBJECTIONS

(...) ANTOINE : Cher neveu, je n'ai jamais parlé de règle absolue, je ne prétends pas que l'épreuve soit toujours salutaire ni la prospérité toujours funeste. Je sais parfaitement que Dieu donne à chacun un sort différent. « Il fait briller le soleil aussi bien pour le méchant que pour le bon et fait tomber sa pluie sur tous également » (Mt., 5, 45). Je sais aussi qu'il « éprouve ceux qu'il veut recevoir en son paradis », pourtant il n'éprouve pas seulement les bons qu'il aime mais il y a bien des épreuves pour les pécheurs. Quand il invite les méchants avec douceur et en les entourant de prévenances et qu'ils ne viennent pas à lui, cela montre à quel point ils sont mauvais. Parfois alors, il leur envoie des épreuves et il arrive que ces mêmes gens qui, dans la prospérité, ne pouvaient pas faire un pas vers Dieu, accourent à lui dès qu'ils sont malheureux. « Leurs misères s'accrurent » dit le prophète « en suite de quoi ils firent diligence » (Ps., 32). Dieu comble de ses bontés un certain nombre de justes : ils le remercient de ses bienfaits, et lui les récompense encore en retour de ces remerciements.

 À d'autres justes, il envoie des tourments, et eux aussi le remercient. Si Dieu ne dispensait les biens de ce monde qu'aux méchants, les hommes croiraient qu'il n'en est pas le maître. S'il ne les accordait qu'aux justes, les hommes serviraient Dieu dans le seul espoir d'obtenir ces avantages.

XVI. RÉPONSE AUX OBJECTIONS LA FORTUNE PEUT NOUS FAIRE SOMBRER DANS LA FOLIE  


« Il vivait entouré d'honneurs, sa raison l'abandonna et il devint pareil aux animaux. » La tribulation peut engendrer le péché. C'est pourquoi le prophète dit : « Le sceptre de l'impiété ne restera pas sur la part échue aux justes, afin que les justes n'étendent pas leurs mains vers l'iniquité » (Ps., 125, 3).

Je ne nie donc pas que la fortune et le malheur puissent être tous deux sources de vices ou de vertus.

Mais le problème qui nous intéresse actuellement n'est pas de savoir si la fortune en général est un danger pour notre âme, mais bien plutôt si une fortune continuelle et sans aucune épreuve n'est pas le signe de la colère divine. Nous devons serrer ce problème de près et étudier nos coups, comme les archers examinent à quelle distance de la cible leurs traits sont tombés. (...) 

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 23 Juin - 0:48

XV. AUTRES OBJECTIONS

(...) ANTOINE : Cher neveu, je n'ai jamais parlé de règle absolue, je ne prétends pas que l'épreuve soit toujours salutaire ni la prospérité toujours funeste. Je sais parfaitement que Dieu donne à chacun un sort différent. « Il fait briller le soleil aussi bien pour le méchant que pour le bon et fait tomber sa pluie sur tous également » (Mt., 5, 45). Je sais aussi qu'il « éprouve ceux qu'il veut recevoir en son paradis », pourtant il n'éprouve pas seulement les bons qu'il aime mais il y a bien des épreuves pour les pécheurs. Quand il invite les méchants avec douceur et en les entourant de prévenances et qu'ils ne viennent pas à lui, cela montre à quel point ils sont mauvais. Parfois alors, il leur envoie des épreuves et il arrive que ces mêmes gens qui, dans la prospérité, ne pouvaient pas faire un pas vers Dieu, accourent à lui dès qu'ils sont malheureux. « Leurs misères s'accrurent » dit le prophète « en suite de quoi ils firent diligence » (Ps., 32). Dieu comble de ses bontés un certain nombre de justes : ils le remercient de ses bienfaits, et lui les récompense encore en retour de ces remerciements.

 À d'autres justes, il envoie des tourments, et eux aussi le remercient. Si Dieu ne dispensait les biens de ce monde qu'aux méchants, les hommes croiraient qu'il n'en est pas le maître. S'il ne les accordait qu'aux justes, les hommes serviraient Dieu dans le seul espoir d'obtenir ces avantages.

XVI. RÉPONSE AUX OBJECTIONS LA FORTUNE PEUT NOUS FAIRE SOMBRER DANS LA FOLIE


« Il vivait entouré d'honneurs, sa raison l'abandonna et il devint pareil aux animaux. » La tribulation peut engendrer le péché. C'est pourquoi le prophète dit : « Le sceptre de l'impiété ne restera pas sur la part échue aux justes, afin que les justes n'étendent pas leurs mains vers l'iniquité » (Ps., 125, 3).

Je ne nie donc pas que la fortune et le malheur puissent être tous deux sources de vices ou de vertus.

Mais le problème qui nous intéresse actuellement n'est pas de savoir si la fortune en général est un danger pour notre âme, mais bien plutôt si une fortune continuelle et sans aucune épreuve n'est pas le signe de la colère divine. Nous devons serrer ce problème de près et étudier nos coups, comme les archers examinent à quelle distance de la cible leurs traits sont tombés. (...) 

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Sam 24 Juin - 8:19

XVI. RÉPONSE AUX OBJECTIONS LA FORTUNE PEUT NOUS FAIRE SOMBRER DANS LA FOLIE
(...) Si vous acceptez cette définition, vous conviendrez qu'il y a bien plus de sortes de tribulations que vous ne l'aviez d'abord pensé. La moindre tribulation est une atteinte au bonheur (qui est une sorte de prospérité). Dites-vous bien que beaucoup de gens souffrent sans que personne en sache rien. Pensez-vous que les tentations du démon, les sollicitations du monde et celles de la chair, qui attirent l'esprit du juste vers le péché, ne sont pas une épreuve, une douleur ?
Pour les misérables qui ne se soucient pas de leur conscience et se laissent aller à leurs mauvais penchants comme de vulgaires bêtes, ces tentations ne sont rien d'autre qu'une cause de plaisir charnel. Mais pour celui qui se tient dans la crainte de Dieu, l'épreuve de la tentation est si douloureuse que, pour en être débarrassé ou pour être sûr de la victoire, il donnerait la moitié de sa vie. Si celui qui ne croit pas en Dieu pense que la résistance aux mauvais penchants n'est point pénible et qu'une telle épreuve ne porte nulle atteinte au bonheur, il verra lui-même ce qu'il en est quand il ne pourra obtenir une chose qu'il désire passionnément, comme par exemple une femme qu'il ne peut posséder. Il verra alors que rien ne pourra le distraire de son désir. J'ose lui affirmer que la lutte que doit livrer un homme juste à ses mauvais instincts et sa grande peur d'y céder causent une souffrance au moins aussi douloureuse que celle d'un désir inassouvi.
Personne, mon cher neveu, personne ne pense à prier pour éviter aux autres ou à soi-même toute espèce d'épreuve, ce serait puéril. Cela équivaudrait à demander à Dieu de supprimer toute tentation ou alors de nous permettre d'y succomber impunément. Qui oserait faire une prière pareille ?
De plus, l'Église recommande le jeûne et la prière, à la fois pour dominer les désirs de la chair et pour aider au repentir, comme le fit le prophète David, et comme le firent les habitants de Ninive. Mais jeûner, se repentir, n'est-ce pas aussi souffrir ? Il n'y a pas que les souffrances qu'on subit contre son gré. La souffrance est toujours la souffrance, même si elle est acceptée de bonne volonté, même si nous nous l'infligeons personnellement. Puisque l'Église nous conseille d'endurer nos épreuves pour nos péchés, soyez sûr que les prières ne demandent jamais à Dieu de supprimer complètement toute espèce d'épreuve.
(...)
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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 25 Juin - 5:26

XVI. RÉPONSE AUX OBJECTIONS LA FORTUNE PEUT NOUS FAIRE SOMBRER DANS LA FOLIE

(...)Dites-vous aussi que, sans être malade, en pleine jouissance de ses biens, un homme peut parfaitement souffrir dans son corps ou dans son esprit, soit à cause d'une tentation, soit par une pénitence qu'il s'inflige volontairement pour ses péchés.

Non, mon neveu, personne ne prie jamais pour obtenir d'être exempté de toute espèce d'épreuve. Et ceci répond à votre première objection. Avant de répondre à la seconde, j'examinerai les exemples que vous avez donnés.

Salomon fut, comme vous le dites, un roi fabuleusement riche et très aimé de Dieu, au début de son règne. Mais conserva-t-il la faveur de Dieu ? Je n'en suis pas sûr. Ce qui est certain, c'est que cette continuelle prospérité finit par le faire choir dans l'extravagance. Il accrut le nombre de ses concubines de façon inadmissible et contraire à la loi mosaïque ; il prit femme parmi les infidèles, ce qui est également contraire à la loi de Dieu. Finalement, sous l'influence de son épouse étrangère, il tomba lui-même dans l'idolâtrie. Il n'est pas dit qu'il s'en repentit comme l'avait fait son père. Nous pouvons espérer qu'il en eut quelque chagrin secret, mais nous ne pouvons en être sûrs. Non, l'exemple de Salomon ne me paraît pas convaincant.

Quant à Job, il ne peut en tout cas pas servir d'exemple de prospérité ininterrompue. Que Dieu lui ait rendu le double de ce qu'il avait perdu n'infirme en rien ce que je vous ai dit. Je n'ai jamais nié que la fortune pût être un don de Dieu à certains justes, entre autres à ceux qui avaient souffert.

Mais en Abraham, cher neveu, vous tenez, je crois, votre principal atout, car il ne fut pas seulement riche et honoré sur terre, mais aussi après sa mort. Lazare, ce pauvre homme qui vécut dans la misère et mourut de faim et de soif, eut une place de choix après sa mort et c'était dans le sein de cet homme riche. Mais vous devez vous rappeler qu'Abraham souffrit d'abord bien des tribulations. 

N'était-ce rien, d'après vous, de quitter son pays et de partir vers une terre étrangère, que Dieu lui avait promise à lui et à ses descendants ? Mais jusqu'à la fin de sa vie Dieu ne lui en donna pas un pouce. N'était-ce rien de se séparer de son neveu Loth parce que leurs serviteurs ne s'accordaient pas entre eux ? (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 26 Juin - 10:08

XVI. RÉPONSE AUX OBJECTIONS LA FORTUNE PEUT NOUS FAIRE SOMBRER DANS LA FOLIE

(...) Il parvint à libérer Loth des rois qui l'avaient emmené prisonnier, mais sa capture ne lui occasionna-t-elle pas un gros chagrin ? La destruction des cinq villes ne lui causa-t-elle nulle peine ? Quand on lit l'histoire d'Abraham, on se rend compte du mal qu'il s'est donné pour sauver ces cités menacées. Son cœur ne saigna-t-il pas quand il laissa Sara sa femme au roi Abimelech ? Grâce à Dieu, Abimelech respecta Sara et la traita bien. Mais ce fut dur pour Abraham. Et que dire de ce tourment que fut pour lui le fait de rester si longtemps sans avoir d'enfant ? Celui qui doute lira dans la Genèse la plainte d'Abraham à Dieu. Sans doute la naissance d'Ismaël fut une grande joie ; mais ne fut-ce pas terrible de devoir chasser la mère et l'enfant ? Qui pourrait comprendre la douleur d'Abraham, se préparant à sacrifier Isaac, ce fils si longtemps attendu ? Vous me parlez de Lazare, mais, même en mourant, Lazare ne connut pas une telle souffrance. Lazare endurait patiemment ses maux, mais Abraham était plus méritant encore : il supportait tout dans un esprit d'obéissance et de bonne volonté. Même si d'ailleurs les mérites d'Abraham n'avaient dépassé de beaucoup ceux de Lazare, même s'il n'avait pas été le patriarche de la foi, la façon dont il acceptait les épreuves envoyées par Dieu aurait suffi à le distinguer tout particulièrement. Il me semble que vous n'auriez pu trouver plus mauvais exemple à l'appui de votre thèse que celui d'Abraham ! 

Or, maintenant, cher neveu, examinons d'un peu plus près le cas du pauvre Lazare et celui du riche Abraham. Nous verrons que si le pauvre Lazare est un peu moins honoré que le riche Abraham, un autre riche gît en enfer, en dessous de l'habitat céleste de Lazare et le supplie de laisser tomber une goutte d'eau pour adoucir quelque peu son supplice. Écoutez ce qu'Abraham répond au mauvais riche : « Mon fils, souviens-toi que dans ta vie tu as reçu la fortune alors que Lazare n'avait en partage que la misère. » Le Christ dans la parabole, décrit la vie fastueuse que menait le riche, jour après jour : « Il vécut royalement, et ne connut pas les épreuves. » Abraham répète la même chose : le mauvais riche avait connu l'opulence pendant que Lazare était dans la disette et leurs sorts étaient maintenant intervertis. Notre-Seigneur n'attribue guère de grandes vertus à Lazare, pas plus qu'il n'attribue à ce riche glouton d'autre crime que celui de vivre sans souci et de ne pas se préoccuper des souffrances du pauvre homme. Mais ni le Christ, ni Abraham ne lui reprochent d'avoir laissé Lazare mourir de faim devant sa porte. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 27 Juin - 10:24

XVI. RÉPONSE AUX OBJECTIONS LA FORTUNE PEUT NOUS FAIRE SOMBRER DANS LA FOLIE 

(...)En me parlant d'Abraham et de Lazare vous me rappelez le danger qu'il y a à vivre dans une continuelle prospérité, et tous les bienfaits qui peuvent venir des épreuves. Vous voyez que si Salomon et Job ne vous ont guère avancé, le pauvre Lazare vous a plutôt fait reculer !

XVII. RÉPONSE À LA SECONDE OBJECTION

VINCENT : Mon oncle, vous avez bien démoli mes arguments, et votre tir fut si efficace que vous avez même réussi à éloigner du but certaines de mes flèches. Je serai bien content de les ramasser maintenant. Mais il me semble que je puis laisser la seconde, à l'endroit où elle s'est plantée. Car si vous dites vrai quand vous affirmez que toute espèce de tribulation est profitable, je ne vois vraiment pas pourquoi nous prierions pour nous la voir retirer à nous ou à quelque ami. 

ANTOINE : La tribulation me paraît si profitable, si bienfaisante, que je douterais comme vous qu'il fût utile à quiconque de prier pour s'en voir délivrer, si Dieu ne nous avait enseigné l'une et l'autre chose.

Il nous apprend à supporter patiemment notre douleur, mais aussi à lutter contre elle et à nous efforcer de nous en débarrasser. Puisque c'est Dieu lui-même qui nous donne ces deux leçons contradictoires, je ne me casserai pas la tête à essayer de comprendre ses raisons.

S'il nous envoie une famine, il veut que nous la supportions patiemment, mais si, au cours de cette disette, nous trouvons de la viande, il veut que nous la mangions. S'il nous envoie la peste, il veut que nous la supportions avec patience, pourtant il veut que nous nous fassions soigner, que nous nous efforcions de guérir. Ces attitudes nous sont toutes deux prescrites par Dieu à maints endroits de l'Écriture. Jeûner vaut mieux que manger et fait plus grand plaisir à Dieu. Pourtant, il veut que nous mangions. Mieux vaut prier que boire, pourtant Dieu veut que nous buvions.(...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 27 Juin - 22:21

XVII. RÉPONSE À LA SECONDE OBJECTION  

(...)  Il préfère nous voir veiller plutôt que dormir, il veut pourtant que nous dormions. Dieu nous a donné un corps et désire que nous le conservions jusqu'à ce qu'il décide de nous rappeler à lui. 

Nous ne savons pas quelle dose de douleur nous pouvons supporter sans nuire à notre corps et peut-être aussi à notre âme. L'Apôtre, après avoir ordonné aux Corinthiens de laisser au démon l'abominable fornicateur qui avait pour maîtresse la femme de son propre père, leur recommanda quand il eut subi le châtiment de son péché, de le recevoir de nouveau et de le consoler « de crainte qu'il n'étouffe dans son immense douleur » (1 Cor., 5). Quand Dieu envoie la tempête, il veut que les marins courent à leur poste et fassent leur possible pour se sauver du naufrage. 

Il désire que nous agissions envers les autres comme envers nous-mêmes, que nous ayons pitié les uns des autres, que nous ne soyons pas sine affectione et l'Apôtre reproche à certains de ses fidèles leur froideur et leur indifférence. Nous devrions même avoir pitié de ceux que nous sommes amenés à faire souffrir en raison de quelque nécessité. Quiconque prétend qu'en vertu de la considération qu'il a pour l'âme de son voisin, il veut ignorer les peines corporelles de celui-ci, devrait se remémorer les paroles de saint Jean : « Qui n'aime pas son prochain (que pourtant il peut voir) n'a pour Dieu (qu'il ne peut voir) qu'un amour bien tiède » (1 Jn., 4, 20). Ainsi, celui qui reste indifférent aux peines matérielles n'a que peu de pitié (quoiqu'il dise) pour les peines spirituelles. 

Parfois, Dieu nous envoie des épreuves parce qu'il veut nous voir prier pour implorer son assistance. L'Écriture raconte que quand saint Pierre était en prison, tous les chrétiens se sont mis à prier sans interruption et que devant la ferveur de leurs prières, Dieu le délivra miraculeusement.

Les disciples dans la tempête eurent peur de se noyer. Ils invoquèrent le Christ : « Seigneur, sauvez-nous, nous périssons » (Mt., 8, 25 ; Le., 8, 24). Entendant leur prière, il mit fin tout aussitôt à la tempête.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 29 Juin - 2:05

XVII. RÉPONSE À LA SECONDE OBJECTION

(...) Et maintenant encore, nous voyons souvent Dieu accorder son aide à ceux qui sont en danger. Quand nous sommes en pleine prospérité, nous oublions le Seigneur ; alors dans sa bonté, il nous envoie un chagrin ou une maladie pour nous forcer à nous tourner vers lui, à l'appeler pour qu'il vienne nous soulager. Quand nous avons appris à le connaître et à le prier, nous avons une chance de pénétrer plus avant dans la grâce. 

XVIII. CONSOLATIONS DIVINES OU CONSOLATIONS DIABOLIQUES


VINCENT : Mon cher oncle, votre réponse me satisfait pleinement. 

ANTOINE : Cher neveu, beaucoup de gens déplaisent à Dieu car ni les bons traitements ni la sévérité ne peuvent les inciter à se rappeler leur Créateur. Quand ils ont de tout en abondance, ils vivent selon leur bon plaisir et se livrent à la débauche ; quand Dieu veut se rappeler à eux en les plongeant dans l'adversité, ils perdent la tête et s'écartent de lui, ils cherchent du secours partout sauf auprès de lui : dans les plaisirs de la chair, auprès du monde, chez le diable lui-même.

Prenez par exemple un homme en pleine prospérité et enfoncé dans le péché. Il a toujours considéré ses vices comme nécessaires à son plaisir. Dieu, dans sa bonté, veut appeler cet homme à la grâce ; il lui envoie le remords dans son sommeil. Notre homme se met à réfléchir. Il revoit sa vie et de là, sa pensée glisse vers la mort. Il songe qu'il doit abandonner tous ses biens terrestres et s'en aller seul il ne sait où, il ne sait quand. Il ignore également qui il rencontrera là-bas. Alors, il commence à se dire qu'il serait prudent de s'assurer une bonne fin, de peur de rencontrer dans l'au-delà ces êtres très peu sympathiques généralement appelés « démons » et qu'il avait jusque-là considérés comme des rêves de poètes. De telles pensées, si elles deviennent des obsessions, constituent une dure épreuve. Si elles conduisent à la grâce, l'épreuve est salutaire. Il sera réconfortant pour cet homme de penser que Dieu, par cette admonition, veut lui faire quitter le royaume du péché où il vécut si longtemps et l'attirer dans son royaume à lui, où coulent, en abondance, le lait et le miel. S'il répond à cet appel, son tourment se changera en joie, il sera tout heureux de faire pénitence et de changer de vie. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 29 Juin - 9:55

@ami de la Miséricorde a écrit:
XVII. RÉPONSE À LA SECONDE OBJECTION  

Parfois, Dieu nous envoie des épreuves parce qu'il veut nous voir prier pour implorer son assistance.
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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 29 Juin - 23:06

XVIII. CONSOLATIONS DIVINES OU CONSOLATIONS DIABOLIQUES  

ANTOINE : (...) Mais il en est que cet appel de Dieu aigrit, au lieu de les amender. Ils ne veulent pas se débarrasser de leurs mauvais penchants, surtout s'ils doivent y laisser beaucoup d'argent ou encore changer radicalement leur existence. Alors, Dieu, dans sa grande bonté, continuera à les tourmenter. Eux, par méchanceté, prétendent se détourner de lui et cherchent à se débarrasser de leur obsession en s'étourdissant de plaisirs et en s'enfonçant dans ces péchés qui déplaisent tant au Seigneur. Ils finissent par lasser Dieu qui à son tour les repousse. Quand un pécheur s'endurcit au point de toucher le fond, il ne craint plus rien, sauf la perte de ses biens matériels. Il sait pourtant que ceci doit lui arriver fatalement avec la mort. Hélas, à ce moment revient aussi son angoisse. À quoi bon un lit douillet, une plaisante compagnie, tout un cortège d'honneurs ? Il gît, haletant sur sa couche, la conscience torturée et craignant le jugement. Le diable est là, qui le pousse au désespoir en présentant à son imagination des tableaux de l'enfer et cette fois le misérable ne croira plus qu'il s'agit d'une fable, et s’il prétend le croire encore, il verra bientôt que ce n'en est pas une. Ah ! Malheur à ceux qui n'y ont point pensé à temps ! 

Dieu se réjouirait de voir les hommes se tourner vers lui dans l'épreuve mais, la plupart du temps, ils s'enfoncent plus avant dans leur erreur, prennent conseil auprès de gens de leur espèce et, finalement, sombrent dans le néant.

J'en ai vu qui, sur leur lit de mort et soutenus par des coussins, jouaient aux cartes. Cela les aidait, disaient-ils, à écarter leurs hantises.

Et à quelles hantises faisaient-ils allusion, croyez-vous ? À celles dont je viens de vous parler, n'en doutez pas ! Ils pensaient sans cesse à leur vie dissolue, au péril que courait leur âme, au ciel, à l'enfer et ces images leur faisaient mal. Alors, ils les chassaient par le jeu. Et ils jouèrent ainsi jusqu'à ce que le trépas les empêchât de compter leurs points. Leurs partenaires alors s'esquivèrent subrepticement, mais ils ne tardèrent pas à rencontrer « le mort ». À quel jeu jouèrent-ils alors ? Dieu seul le sait. Je crains que ce ne fût un jeu cruel. (...) 

Il y en a qui, dans leur malheur, font comme le roi Saül et ont recours au démon. Ce roi avait ordonné que fussent mis à mort tous ceux de ses sujets qui pratiquaient la sorcellerie et la nécromancie.

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 30 Juin - 4:30

Oui je pense l'avoir écrit. Notre Dieu n'est pas toujours un Dieu de paix et parfois il nous fait la guerre, jusqu'à ce qu'on se rende à lui, n'en déplaise aux bisounours. Comme l'écrivait,le frère du père Marie Dominique Philippe: " l'Esprit Saint entre parfois en brisant les vitres. Et je pense à Maurice Clavel qui a trouvé Jésus à l'issue d'une très grave dépression.
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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 30 Juin - 6:37

Bonjour,

Ce  Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   occupe une belle place sur le forum. Il arrive fort à propos pour palier aux "indignations" qui nous saisissent lorsque l'on suit les apostasies actuelles, venant du sommet bien souvent.


Il est bon de méditer chaque jour le court passage qui nous est servi comme un cadeau du Ciel.


Merci à Saint Thomas More de l'avoir écrit, merci à l'instrument qui le poste. 


Rendons grâce à Dieu !


Très belle et sainte journée.
Françoise.
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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 30 Juin - 23:36

XVIII. CONSOLATIONS DIVINES OU CONSOLATIONS DIABOLIQUES  

ANTOINE : (...)  Mais, quelque temps après lui-même s'y adonna. Il alla trouver une sorcière (1S., 28, 3 sqq.) et lui demanda de faire parler un mort, afin de connaître l'issue de la bataille qu'il allait livrer. Dieu l'avait pourtant prévenu, par l'intermédiaire de Samuel que ces pratiques n'aboutiraient à rien, mais il n'en tint aucun compte, s'endurcit dans son erreur et devint toujours plus mauvais, si bien que Dieu ne voulut même plus veiller sur lui. Et quand il chercha auprès du prophète une réponse du Seigneur, il n'en reçut point et cela lui parut étrange. Alors voyant que Dieu ne l'écoutait pas, il se tourna vers le démon et il obtint d'une sorcière qu'elle évoquât le fantôme de Samuel qui était mort dans l'intervalle et qu'elle le fît parler. Mais il lui arriva ce qui arrive à ceux qui ont recours à de tels sortilèges. La réponse fut défavorable et le sort funeste. Son armée fut déconfite et lui-même, tué. Il est dit dans les Paralipomènes, livre premier, chapitre X, que Saül périt pour avoir manqué de confiance en Dieu et pour avoir interrogé et consulté une sorcière, ce qui était contraire à la loi de Dieu, et aussi à la loi qu'il avait lui-même promulguée si peu de temps auparavant. 

Que tous ceux qui s'adonnent à de telles pratiques s'attendent à pareil sort ! J'en connais beaucoup qui, en cas de lourde perte financière, recourent à la sorcellerie pour retrouver leurs biens. Parfois, ils y rencontrent des choses étonnantes, mais jamais l'histoire ne s'achève à leur avantage. Il y a des gens stupides qui, s'ils sont malades, ne font pas venir le médecin, refusent de faire faire des analyses d'urine, mais envoient un bonnet ou un bas à une guérisseuse, autrement dit, à une sorcière. Elle fait dire qu'elle a, dans le bas, trouvé la preuve que le malade a été victime des agissements d'un mauvais esprit, un soir entre deux portes, mais que cette preuve n'apparaîtra clairement que dans quelques jours. En attendant, l'esprit, assure-t-elle, a infesté le corps du malade, et c'est ce qui le fait tant souffrir. Qu'il se garde de prendre aucune médecine ! Qu'il se contente de bien manger et de bien boire, les potions lui feraient du mal. Mais voici cinq feuilles de valériane. Elle les a cueillies de la main gauche et leur a communiqué un charme. Il faut que le malade attache ces cinq feuilles à son pouce droit, avec un lacet vert, sans trop serrer ; il ne devra jamais les changer à moins qu'elles ne viennent à tomber ; qu'il les garde jusqu'à ce qu'il soit guéri. Et voilà les beaux conseils que suivent des quantités d'imbéciles, au lieu de se fier à Dieu ! (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Sam 1 Juil - 23:13

XVIII. CONSOLATIONS DIVINES OU CONSOLATIONS DIABOLIQUES  

ANTOINE : (...) Neveu, croyez-moi, tous ces gens qui dans l'épreuve, se détournent de Dieu et cherchent le réconfort dans le plaisir ou auprès du démon, se font tort à eux-mêmes. Tandis que ceux qui se tournent vers Dieu trouvent en lui leur consolation et, de l'épreuve même qu'ils subissent, tirent un grand profit.

XIX. UNE AUTRE OBJECTION. RÉPONSE

VINCENT : Vos réponses me satisfont, mon oncle ; il me reste pourtant encore un doute. Quand ce doute sera dissipé, je ne vous ennuierai plus car je crains de vous fatiguer par une trop longue discussion. Je ne vous poserai qu'une seule question ; nous verrons le reste plus tard. 

Vous dites qu'un riche peut s'élever vers Dieu et qu'un pauvre accablé de maux peut tomber au pouvoir du démon ; qu'on peut tout aussi bien plaire à Dieu en le remerciant de ses bienfaits qu'en supportant avec patience les épreuves qu'il envoie. La richesse et la pauvreté semblent donc pouvoir être causes de salut ou de perdition. Elles ne seraient en soi ni bienfaisantes ni malfaisantes ; tout dépendrait, en somme, de la façon dont ces états sont acceptés. Dès lors, je ne vois pas pourquoi vous donneriez la préférence à la tribulation, à la pauvreté, ni pourquoi vous y voyez plus de causes de vous réjouir. Il me semble à moi qu'on en trouve bien moins dans l'adversité que dans le bonheur, à moitié autant.

Un homme heureux et épanoui qui remercie le Seigneur élève son âme, mais dans l'adversité (bien qu'il puisse acquérir des mérites par sa patience comme l'autre par ses actions de grâces) il est submergé par sa peine. Le riche peut prier Dieu tranquillement, joyeusement, sereinement, mais celui qui gémit dans l'affliction ne pense même pas à prier.

ANTOINE : Je vous dirai d'abord, cher neveu, que les prières du riche et celles du pauvre ne valent pas mieux les unes que les autres, si tous deux sont méchants. Car ni l'un ni l'autre n'a envie de prier. Le riche en est empêché par son plaisir, le pauvre par sa misère – à ceci près que le malheur sert souvent d'aiguillon et force l'homme à se tourner vers Dieu, à moins qu'il ne s'agisse d'un cœur vraiment corrompu, alors que le plaisir détourne plutôt de Dieu – sauf s'il s'agit de mortels vraiment très pieux et très vertueux. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 3 Juil - 0:25

XIX. UNE AUTRE OBJECTION. RÉPONSE

ANTOINE : (...) Sur ce point, il me semble que tous les hommes de bonne foi seront d'accord. Dans la douleur, tout homme qui n'est pas complètement stupide ou foncièrement mauvais en appelle à Dieu, non pas timidement, mais de tout son cœur, tant il souhaite être soulagé. Cependant quand nous sommes riches et prospères, notre esprit ne vagabonde-t-il pas tandis que nos lèvres murmurent des prières ? Je sais qu'au cours de certaines maladies, dans certains malheurs, il serait difficile de dire de longues prières à matines. Pourtant, certains agonisants disent dévotement les sept psaumes et d'autres prières, avec le prêtre qui leur administre l'extrême-onction. Mais Dieu ne l'exige pas, et il y en a qui souffrent trop ou qui n'ont pas le courage d'articuler toutes ces formules. Qu'ils élèvent donc leur cœur, sans prononcer une parole. Le Seigneur préfère ce genre de prière dans ces circonstances à une longue liturgie offerte par des bien-portants. Les martyrs, dans leur agonie, n'articulaient pas de longues invocations, mais un mot de leur bouche à ce moment de grande douleur était bien plus précieux que les longues prières qu'ils avaient adressées au Seigneur avant leur supplice.

De grands Docteurs disent que le Christ, quoique vrai Dieu et comme tel jouissant avec son Père d'une éternelle félicité, s'acquit des mérites en tant qu'homme, non seulement pour nous mais aussi pour lui-même. À l'appui de cette thèse, ils citent ces paroles de saint Paul : « Le Christ s'est humilié jusqu'à la mort, jusqu'à la mort sur la croix. Pour cela, Dieu l'a exalté. Le nom de Jésus est au-dessus de tous les noms. Au nom de Jésus, tous les genoux doivent plier aussi bien au ciel que sur la terre et en enfer. Toute bouche doit proclamer que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu son Père » (Phil., 2, 8-11). Si ces savants ont raison, si Notre-Seigneur a mérité non seulement pour nous mais aussi pour lui, il semble bien que ses différentes actions n'ont pas été toutes également méritantes. En lavant les pieds de ses disciples, il mérita moins que pendant sa Passion ; pendant son sommeil, moins que quand il était éveillé et qu'il priait ; ses prières elles-mêmes n'eurent peut-être pas toutes le même mérite. Il ne pouvait dire que des oraisons infiniment supérieures à celles des autres hommes, mais elles ne furent pas toutes équivalentes, certaines étant très supérieures aux autres. Ainsi celles qu'il dit dans sa passion et dans son agonie me paraissent l'emporter sur les autres. La première, quand il tomba trois fois, prostré dans son agonie, quand la peur d'une mort cruelle et toute proche secouait son corps sacré, et qu'une sueur de sang coulait sur le sol. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 4 Juil - 9:49

XIX. UNE AUTRE OBJECTION. RÉPONSE

ANTOINE : (...) Les autres furent les douloureuses prières qu'il fit sur la croix malgré ses tourments atroces : il avait été flagellé, on avait enfoncé des clous dans sa chair, ses membres étaient écartelés, ses muscles se tordaient, ses veines se rompaient, la cruelle couronne d'épines s'enfonçait dans sa tête et son sang se répandait sur sa face (Lc., 22). Pendant toutes ces souffrances horribles, il prononça deux invocations très ferventes, l'une pour le pardon de ceux qui le torturaient si cruellement, l'autre pour remettre son âme entre les mains de Dieu son Père (Lc., 23). Ces prières, lancées au plus fort de ses tortures, me paraissent les plus importantes de toutes celles qu'il fit. Aucune prière adressée à Dieu dans la joie n'est aussi belle ni aussi forte que celles qu'on lui adresse dans la souffrance.

Venons-en maintenant au second de vos arguments. Vous dites qu'un homme peut offenser Dieu aussi bien dans l'adversité que dans la fortune : dans le premier état en montrant de l'impatience, dans le second par la recherche immodérée des plaisirs charnels. Par ailleurs, on peut être tout aussi vertueux dans la prospérité que dans la misère en remerciant Dieu aussi bien parce qu'il a donné la richesse, les honneurs, la fortune que parce qu'il a donné la pauvreté, la misère, l'emprisonnement, la maladie, la souffrance. Et vous ne comprenez pas pourquoi je crois que l'épreuve apporte plus de réconfort. Vous croyez en trouver davantage dans la prospérité. Vous y voyez même deux fois plus de soutien moral que dans le malheur puisque l'âme et le corps y ont également leur part, tandis qu'une personne qui souffre ne trouve de réconfort que pour son âme seulement.

Là, je ne suis pas d'accord avec vous, mon neveu. Un homme en pleine prospérité est naturellement porté à remercier Dieu, il peut être heureux de le faire mais il a peu de motifs pour se croire réconforté puisqu'il jouit d'un bonheur terrestre, à moins que vous ne donniez le nom de réconfort à ces satisfactions sensuelles que sont les plaisirs du corps. On donne parfois ce sens à ce terme quand on dit : « Cette boisson me réconforte ». Mais, pour ceux qui ont l'âme droite, le réconfort est beaucoup plus une consolation apportant l'espoir d'une récompense qu'un plaisir passager réjouissant le corps.
(...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mer 5 Juil - 0:58

XIX. UNE AUTRE OBJECTION. RÉPONSE

ANTOINE : (...) Un homme qui manque de patience dans ses malheurs ne peut être récompensé. Mais s'il souffre patiemment pour l'amour de Dieu, s'il se conforme aux désirs de Dieu, il sera récompensé en proportion de sa peine. Ceci apparaît dans plusieurs passages de l'Écriture, je vous en ai cités quelques-uns, je vous en citerai d'autres. Mais nulle part on ne voit qu'un riche ayant remercié le Seigneur de ses bienfaits, Dieu lui ait promis une récompense au ciel pour la seule et unique raison qu'il avait pris du bon temps sur la terre. Mais puisque je vous parle du véritable réconfort, de celui qui donne à l'homme l'espoir de gagner la faveur de Dieu, la rémission de ses péchés, la diminution de la peine du purgatoire ou encore une récompense dans le ciel, puisque de tels bienfaits ne sont accordés qu'au malheur subi avec patience et non au bonheur, même s'il est accepté avec reconnaissance, vous voyez bien que vous ne pouvez parler de deux fois plus de réconfort dans la prospérité. 

En vérité, il y a bien plus de motifs de se sentir réconforté dans le malheur que dans le bonheur. D'abord, comme je vous l'ai déjà montré longuement, une prospérité continuelle, jamais interrompue par aucune épreuve, est un présage inquiétant de damnation. Il s'ensuit que, pour un cœur droit, une épreuve est un mobile de réconfort. Ensuite, l'Écriture nous dit qu'il y a plus d'avantages à retirer de l'épreuve que de la prospérité et l'Ecclésiaste dit : « Mieux vaut aller à la maison du deuil qu'à la maison du banquet ; car c'est ainsi que doit finir tout homme et le vivant y réfléchit » et un peu plus loin : « Le cœur du sage est dans la maison du deuil et le cœur des fous dans la maison de la joie » (Eccl., 7, 2). En vérité, quand l'Écriture recommande la joie humaine, il faut l'entendre comme une joie spirituelle ou encore comme un léger rafraîchissement de l'esprit, une légitime réaction contre la mélancolie. Dans l'Ancien Testament, la prospérité fut promise aux enfants d'Israël comme un don spécial de Dieu car, en ce temps-là, à cause de leur imperfection, il fallait les amener à Dieu par des perspectives plaisantes comme maintenant, pour faire étudier les enfants, on leur promet des bonbons. L'Écriture fait remarquer que les gens étaient comme des enfants et elle donne à leur maître Moïse le nom de « pédagogue ».(...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 6 Juil - 0:38

XIX. UNE AUTRE OBJECTION. RÉPONSE

ANTOINE : (...) Saint Paul dit : « La Loi ancienne n'a rien amené à la perfection » (Héb., 7, 19) et Dieu a menacé les humains de leur envoyer des épreuves dans ce monde pour leurs péchés, non que l'épreuve soit un mal en soi, mais pour que nous soyons conscients de la maladie que donne le péché et que nous en craignions les suites. Car l'épreuve a beau être bienfaisante, si nous la prenons comme il faut, elle n'en est pas moins pénible et nous ne nous en délectons point. Pourtant, je ne me lasserai pas de répéter que l'Écriture désigne l'épreuve comme très supérieure à la fortune pour nous faire obtenir le vrai bien que Dieu nous donnera dans l'autre monde. Que signifieraient autrement les paroles de l'Ecclésiaste que je viens de vous citer : « Mieux vaut aller à la maison du deuil qu'à la maison du banquet » ? Pourquoi dirait-il que le cœur du sage est attiré par ceux qui sont dans la peine, et le cœur du fou par ceux qui sont dans la joie ? Pourquoi menacerait-il le sage en disant que celui qui se complaît dans les richesses tombera dans le malheur, que le rire sera mêlé de tristesse et que la joie se terminera en douleur ?

Et Notre-Seigneur lui-même a dit : « Heureux les affligés car ils seront consolés » (Mt., 5, 5). Il dit encore à ses disciples : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous allez pleurer et vous lamenter, le monde, lui, se réjouira, vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie » (Jn., 16, 20). Vous avez déjà pu constater de nombreuses vérifications de ces prophéties : bien des gens qui étaient dans la joie sont maintenant dans la peine. Et vous voyez dans l'Écriture que l'épreuve bien plus que la prospérité vous donne sujet d'espérer la véritable consolation. 

En examinant l'adversité et la prospérité, en considérant les conséquences heureuses ou funestes qu'elles entraînent, vous verrez d'autres raisons d'estimer l'épreuve préférable à la fortune. Dans l'épreuve, nous pouvons gagner des mérites par la patience, par la soumission de notre volonté humaine à la volonté divine ou encore en remerciant Dieu de s'être penché vers nous. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Jeu 6 Juil - 21:10

XIX. UNE AUTRE OBJECTION. RÉPONSE 

ANTOINE : (...) Vous pouvez me rétorquer que le riche peut faire des générosités, que par l'autorité que lui vaut son crédit, il peut contribuer à faire régner la justice, en un mot qu'il peut faire toutes sortes de bonnes actions. Je vous réponds qu'un pauvre qui supporte patiemment l'épreuve a bien plus de mérites qu'un riche même très vertueux. En effet, celui qui est dans le malheur ferait la même chose que le riche, s'il le pouvait, et son seul bon vouloir a presque autant de valeur que l'action. Tandis que le riche n'est pas dans la même situation : il n'est pas disposé à supporter l'épreuve, à conformer ses désirs à ceux de Dieu, à le remercier de la lui avoir envoyée ; il n'est pas prêt à endurer ce que le malheureux subit avec résignation. De plus, le riche peut faire de grandes largesses, le puissant peut agir en faveur de la justice, mais on peut être généreux sans être riche, on peut lutter pour la justice sans être puissant. Le riche peut enfin, comme le roi David, compter pour rien ses richesses et mener une vie de pénitence. Ainsi vous voyez bien que la prospérité n'est pas la cause essentielle de ces actes vertueux, puisque celui qui est dépourvu de richesses accomplit mieux encore que le riche ces actions bonnes et méritoires. Finalement, nous voyons que plus le riche est généreux moins il est riche. Par le fait même qu'il travaille à faire le bien, il abandonne sa tranquillité, il entame sa fortune. Celui qui considère la chose avec attention s'aperçoit que le riche, s'il veut agir bien, s'écarte de l'état de richesse pour se rapprocher de l'état de misère. C'est donc qu'il reconnaît la supériorité, en ce qui concerne la grâce, de l'état d'infortune sur l'état de prospérité. 

Si vous ne comprenez pas ce raisonnement, et m'alléguez qu'un riche, malgré toutes ses largesses, est resté riche, et qu'un homme puissant, malgré tous ses efforts pour faire régner la justice, est resté puissant, rappelez-vous qu'il faut respecter les proportions : s'il est resté riche, c'est qu'il a donné bien peu en comparaison de ce qu'il avait. Si le riche donnait tout ce qu'il possède jusqu'à être lui-même dans le dénuement, alors on comprendrait ce qui vient d'être dit. Car ce riche-là serait tombé volontairement de la richesse dans la pauvreté. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Ven 7 Juil - 23:47

XIX. UNE AUTRE OBJECTION. RÉPONSE

ANTOINE : (...)Nous avons pesé les mérites de la prospérité, examinons maintenant plus en détail ce qui fait le mérite d'une épreuve, c'est-à-dire la patience, la soumission et les remerciements à Dieu. L'homme fortuné n'a pas de patience, et l'on peut dire que plus il sera riche moins il sera patient. Dès que sa patience est mise à l'épreuve, ce lui est une souffrance, de sorte que s'il a quelque mérite il l'obtient par sa souffrance, non par sa richesse.

Mais ce sont les deux autres vertus qui nous apporteront les meilleurs points de comparaison : je veux parler de la soumission de l'homme à la volonté de Dieu et de sa gratitude envers le Seigneur. L'homme vertueux, dans l'épreuve, se soumet à Dieu et lui rend grâce ; ainsi le riche qui accepte sa richesse comme venant de Dieu et rend grâce à Dieu de la lui envoyer. C'est dans ces deux points qu'on peut le mieux comparer les mérites de la richesse et ceux de l'adversité.

Les différences qui les opposent se manifestent clairement en ceci : il faut être d'une nature toute particulière pour pouvoir dans l'épreuve se soumettre à la volonté de Dieu et lui rendre grâce. Mais sans être très vertueux on peut se montrer très satisfait des richesses que Dieu procure et lui déclarer : « Je vous remercie de tout mon cœur, et je vous aimerai toujours, aussi longtemps que vous me traiterez ainsi ! » Confitebitur tibi, cum beneficeris ei. Même si le riche est très bon, il lui faut moins de vertu pour conformer sa volonté à celle de Dieu qu'il n'en faut à l'homme dans l'adversité. Les philosophes ont eu raison de dire : « La vertu est dans les épreuves et les difficultés ». Je vous l'ai déjà dit, il est bien plus facile de remercier Dieu pour ses bienfaits que pour les épreuves qu'il nous envoie. C'est pourquoi, en nous soumettant à sa volonté et en le remerciant de ce qu'il fait pour nous quand nous sommes dans le malheur, nous méritons une récompense céleste bien plus que si nous montrons les mêmes dispositions d'esprit quand nous sommes dans la prospérité. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Dim 9 Juil - 1:21

XIX. UNE AUTRE OBJECTION. RÉPONSE

ANTOINE : (...)C'est ce que vit bien le démon quand il dit au Seigneur qu'il n'y avait rien de remarquable dans la piété de Job : Dieu l'avait toujours gardé prospère et heureux. Mais le diable savait qu'il serait dur pour Job de rester aussi pieux, de continuer à remercier Dieu dans l'adversité. Il fut donc tout content de recevoir de Dieu l'autorisation de plonger Job dans le malheur, il ne doutait pas que Job ne vînt à s'impatienter et à murmurer contre Dieu. Mais c'est là que le démon fut pris ; la patience de Job pendant son malheur, qui pourtant ne dura pas longtemps, lui acquit la faveur de Dieu bien plus que la piété dont il avait fait preuve pendant sa longue vie de bonheur et de prospérité. Notre-Seigneur aussi nous dit qu'en remerciant ceux qui nous font du bien nous ne faisons rien de remarquable, nous ne devons pas nous attendre à beaucoup de récompenses pour cela.

Ainsi, je vous ai montré, je pense, la grande supériorité de l'adversité sur la fortune en ce qui concerne les récompenses célestes.

XX. CONCLUSION : ÉLOGE DE L'ÉPREUVE

Cher neveu, terminons maintenant cette discussion, je ne veux plus vous retenir, vous avez d'autres occupations. 

Si nous prenons comme principe de notre foi tout ce que dit l'Écriture telle que les saints Docteurs la commentent et telle que l'Esprit de Dieu l'enseigne à l'Église catholique, alors nous accepterons l'épreuve comme un don de Dieu, un don qu'il réserve à ses amis très chers. Ce don du ciel, dans l'Écriture, est hautement loué et recommandé ; il conjure le danger qui nous menace et, si Dieu ne nous l'envoyait pas, nous devrions le chercher dans la pénitence. L'épreuve nous aide à purger nos péchés passés et nous préserve des péchés à venir ; elle nous aide à nous détacher du monde et à nous rapprocher de Dieu ; elle diminue nos peines dans le Purgatoire et augmente nos récompenses dans le Paradis. C'est par la douleur que Notre-Seigneur lui-même pénétra dans son propre royaume, et que tous ses apôtres l'y suivirent. C'est à la supporter avec patience que le Christ exhorte tous les hommes, sans cela, dit-il nous ne serions pas ses disciples et nous ne pourrions atteindre le ciel. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 10 Juil - 0:44

XX. CONCLUSION : ÉLOGE DE L'ÉPREUVE

ANTOINE : (... ) Qui réfléchit à cela et s'en souvient ne s'insurgera pas dans l'adversité ; il en verra toute la valeur, il grandira en vertu et pensera qu'il a mérité cette épreuve. Il comprendra que Dieu la lui a envoyée pour son bien et bientôt, il en remerciera le Seigneur. Alors la grâce en lui grandira et Dieu lui apportera le réconfort en faisant sentir sa présence, car « Dieu est près des cœurs brisés, il sauve les esprits abattus » (Ps., 34, 19). Et la joie qu'il en ressentira allégera beaucoup l'épreuve. Il ne cherchera pas ailleurs une vaine consolation, mais c'est en Dieu seul qu'il mettra sa confiance, auprès de lui qu'il cherchera du secours. Il soumettra entièrement sa volonté au bon plaisir de Dieu. Il priera le Seigneur dans son cœur et demandera à ses amis et surtout aux prêtres de prier pour lui, comme saint Jacques le recommande. Il commencera par se confesser, il se purifiera et se préparera au grand départ, il se réjouira à l'idée de quitter ce monde et même à l'idée de passer par le purgatoire. 

Si nous agissons de la sorte, nous ne tarderons pas à sentir nos cœurs s'alléger, notre épreuve devenir plus supportable ; nous guérirons et nous vivrons plus longtemps.

Si Dieu veut que nous sortions de cette vie, alors il fait bien plus pour nous, car celui qui prend ce chemin-là ne peut qu'aller droit. Celui qui ne quitte pas volontiers ce monde misérable, je crains fort qu'il ne meure pas bien. Il n'est pas bien accueilli celui qui ne vient pas de bon cœur et qui dit au Seigneur « Salut ô mon Créateur, je ne vous porte point d'amour ! » Mais celui qui l'aime au point de désirer aller vers lui, celui-là sans aucun doute est le bienvenu, même s'il vient sans être lavé de ses péchés, car « la charité couvre une multitude de péchés » (1 P., 4, 9) et « ceux qui mettent en moi leur confiance ne sont pas déçus » (Es., 49, 23). Et le Christ dit : « Celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors » (Jn., 6, 38). Ne comptons donc pas sur une longue existence. Gardons la vie tant que nous l'avons parce que Dieu l'a ordonné ainsi, mais dès qu'il nous appelle, réjouissons-nous d'aller vers lui. L'espoir d'aller au ciel nous soutiendra dans notre épreuve passagère et nous parviendrons ainsi à la joie éternelle. Cher neveu, je prie Dieu que nous y accédions l'un et l'autre. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Lun 10 Juil - 23:37

XX. CONCLUSION : ÉLOGE DE L'ÉPREUVE

(...)VINCENT : Mon cher oncle, je prie Dieu qu'il vous récompense et cette fois je ne vous ennuierai plus. Je crains de vous avoir mis à rude épreuve avec mes objections importunes. Vous m'avez donné un bel exemple de patience en supportant si longtemps mes sottises. Je me permettrai pourtant de revenir vous parler du problème si passionnant de l'épreuve et de la souffrance. Du reste, vous m'avez dit que vous aviez des arguments que vous réserviez pour la fin. 

ANTOINE : Revenez bientôt, cher neveu, nous en discuterons tant que ce dont nous nous sommes entretenus sera encore frais dans notre mémoire. 

VINCENT : Je vous promets, cher oncle, de ne jamais oublier ce que nous avons dit. Que le Seigneur vous envoie la consolation qu'il jugera la meilleure pour vous ! 

ANTOINE : Bien dit, neveu bien-aimé ! Je lui demande d'en faire autant pour vous et pour tous nos amis, qui ont si grand besoin d'être réconfortés. C'est pour eux plus que pour vous-même, je suppose, que vous êtes venu me demander conseil. 

VINCENT : Je les réconforterai en leur rapportant vos paroles. J'ai confiance en Dieu, soyez en sa sainte garde ! 

ANTOINE : Qu'il vous y tienne également. Adieu très cher neveu. 

LIVRE II. DU DIALOGUE DU RÉCONFORT DANS LES TRIBULATIONS

VINCENT : Vos gens me disent, cher oncle, que depuis ma dernière visite, vous avez goûté un bon repos, Dieu merci !, et que vous vous sentez mieux. Je suis heureux de l'apprendre.

Après notre dernier entretien, je m'en suis voulu d'avoir eu si peu de considération pour votre santé. On m'avait bien assuré qu'elle s'était quelque peu améliorée, autrement jamais je n'aurais voulu vous imposer la fatigue d'une aussi longue discussion. En vous quittant, j'ai pensé à la tension d'esprit que je vous avais imposée, vous forçant à me parler de sujets rébarbatifs et ardus comme la maladie, la misère, l'épreuve, la tribulation. Je m'en suis voulu d'avoir eu aussi peu d'égard pour votre santé. Je ne fus pleinement rassuré qu'en apprenant que vous vous sentiez mieux. J'en remercie le Seigneur, car le moindre accroc serait dangereux, à votre âge. (...)

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MessageSujet: Re: Dialogue du réconfort dans les tribulations de Saint Thomas More   Mar 11 Juil - 21:59

LIVRE II.  DU DIALOGUE DU RÉCONFORT DANS LES TRIBULATIONS

(...) ANTOINE : Non, cher neveu, parler ne me fait pas de mal. Un vieillard un peu fantasque est souvent aussi bavard qu'une femme. Les poètes ont raison de dire que le bonheur des vieillards est de s'asseoir bien confortablement au chaud, avec, à portée de la main, une boisson, une pomme cuite, et de bavarder en buvant et en mangeant !

Notre conversation ne fut en rien déplaisante, elle me fit du bien. Si nous mîmes en commun nos chagrins, nos épreuves, ce fut avant tout pour en tirer consolation et réconfort. Je suis heureux que vous soyez revenu pour achever cette discussion. 

VINCENT : En vérité, elle me fit grand bien, et tous ces bons conseils que vous m'avez donnés, toutes ces paroles si encourageantes, je les ai répétés autour de moi et j'en ai fait profiter nos amis. Me voici revenu pour continuer, et je suis tout heureux de vous trouver si dispos. Mais, je vous en prie, mon oncle, si, dans la joie que me cause votre conversation, je m'oublie jusqu'à vous imposer de la fatigue, dites-le moi. Et quand vous désirerez me voir prendre congé, renvoyez-moi : je reviendrai à un autre moment. 

ANTOINE : Après notre entretien, je me sentis, je vous l'avoue, un peu fatigué ; car parler longtemps sans interruption finit, à la longue, par lasser un homme affaibli. Je regrettai d'avoir tant parlé et que notre conversation fût plutôt un long monologue. Nous aurions dû mieux répartir les rôles et faire comme les savants qui exposent leurs idées dans des dialogues entre personnages imaginaires. Mais là, je suis seul coupable.

Entre vous et moi, tout s'est passé comme entre une certaine nonne et son frère. La dame, de haute vertu, était entrée dans un ordre cloîtré, très sévère. Elle y était restée longtemps sans voir son frère, homme également vertueux, qui avait obtenu, dans une université, le titre de docteur en théologie. Quand il revint chez lui, il alla rendre visite à sa sœur, tout heureux de la savoir dame de si grand renom. Elle vint à la grille, comme on dit, c'est-à-dire au parloir et après s'être pieusement salués de part et d'autre comme il est d'usage en ces endroits, ils se touchèrent le bout des doigts, car on ne se serre pas la main à travers une grille. Alors la dame se lança dans un sermon sur la misère du monde, la fragilité de la chair, les ruses du malin, et donna à son frère force bons conseils (quoiqu'à vrai dire un peu longs) sur la prudence à observer pendant la vie, sur la façon de mortifier la chair et de sauver son âme. Après quoi, elle se mit à lui faire des reproches : (...)

Source : livres-mystiques.com

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